Page personnelle de Frédéric Wronecki
Novembre 1998 : 12 nouveaux termes ajoutés, grâce à la complicité de Toussaint Coppolani
Ce travail est une compilation personnelle, pour le plaisir, de quelques dictionnaires (Grand Larousse, Littré, Petit Robert) et du "Bon Usage" de Grevisse.
Quand ces ouvrages donnent des définitions discordantes d'un même terme, les différentes définitions sont indiquées.
Trois modes de consultation possibles :
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1. Métaplasmes : altérations dans le matériel
d'un mot autorisées par l'usage

1.1. Génération de phonèmes


1.1.1. L'épenthèse (n.f.)
Etymologie : grec epenthesis : "action de surajouter"
Définition :
Apparition à l'intérieur d'un mot d'un
phonème que l'étymologie ne justifie pas. Elle se
produit pour adoucir des articulations inhabituelles.
Voir aussi
anaptyxe,
paremptose,
paragoge,
prosthèse.
Exemples :
- Epenthèse de l'r dans "chanvre"
qui vient de "cannabis".
- Epenthèse du b dans "chambre"
qui vient de "camera".
- Epenthèse du d dans "gendre"
qui vient de "generum".


1.1.2. L'anaptyxe (n.f.)
Etymologie : grec anaptuxis : "développement")
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Sorte
d'épenthèse : développement
d'une voyelle parasitaire qui facilite l'articulation d'un mot.


1.1.3. La paremptose
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : insertion dans un mot d'une consonne
qui ne forme pas syllabe.


1.1.4. La paragoge
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : addition à la fin d'un mot
: dans jusques, l's est une paragoge qu'on se permet quand
l'euphonie ou la mesure le demande, par exemple dans ce vers :
Exemple :
- Sion jusques au ciel élevée autrefois
(Racine, Esther)


1.1.5. La prosthèse
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : addition d'une lettre ou d'une syllabe
au commencement d'un mot, sans en changer la valeur.
Exemple :
- Latin sperare
=> français espérer


1.1.6. La gémination
Définition :
GL : Redoublement, dans l'émission ou l'écriture, d'une voyelle, d'une consonne ou d'une syllabe.
Exemple (de syllabes uniquement) :
- Un bonbon
- Le langage familier, les surnoms, utilisent abondamment la gémination : bébête pour bête, Gégène pour Eugène, Titine pour Martine, etc.

1.2. Déplacement de phonèmes


1.2.1. L'anticipation
Etymologie : latin anticipatio
Définition :
GL : Changement de position d'un phonème dans
un mot, par suite d'une difficulté d'articulation de ce
phonème à sa place première, l'amenant ainsi
à être prononcé avant le ou les phonèmes
qui le précédaient.
Exemple :
- Ancien français cercher
-> français moderne chercher.


1.2.2. La métathèse
Etymologie : grec metathesis : "déplacement"
Définition 1 :
PR : Altération d'un mot ou d'un groupe de mots
par déplacement, interversion d'un phonème, d'une
syllabe, à l'intérieur de ce mot ou de ce groupe.
Définition 2 :
Littré : transposition d'une lettre.
Définition 3 :
GL : Déplacement des phonèmes (voyelle, consonne) à l'intérieur d'un mot, dû à une difficulté d'articulation (le phonème quitte sa place originaire pour en prendre une autre, soit à l'intérieur de la même syllabe, soit dans une syllabe différente).
Exemple :
- "Formage" est devenu "fromage".

1.3. Disparition de phonèmes


1.3.1. L'aphérèse (n.f.)
Etymologie : grec aphaeresis
Définition :
Chute d'un phonème ou d'un groupe de phonèmes
au début d'un mot.
Exemples :
- Pitaine pour Capitaine
- Cipal pour Garde municipal.
- Colas pour Nicolas.


1.3.2. La syncope
Etymologie : grec sugkopê : "défaillance"
Définition :
Suppression d'une lettre ou d'une syllabe à
l'intérieur d'un mot.
Exemples :
- Dénoûment (pour "dénouement").
- Latin "periculum" : syncope de l'u ->
periclum -> français "péril".
- Dans la langue parlée, syncope des syllabes
muettes.


1.3.3. L'apocope (n.f.)
Etymologie : grec apokopa, de apokopein : "retrancher"
Définition :
Chute d'un phonème ou d'une syllabe à
la fin d'un mot.
Exemples :
- Télé pour télévision.
- Prof pour professeur.
- Pneu pour pneumatique.
- Micro pour microphone ou micro-ordinateur.
- Sous-off pour sous-officier.
- Dactylo pour dactylographe.
- Cocon pour co-conscrit (= élève
de l'X, école militaire, les élèves sont
"conscrits" ensemble).
- Séropo pour séropositif.
- etc.


1.3.4. La synérèse (n.f.)
Etymologie : grec sunairesis : "rapprochement"
Définition :
PR : Prononciation groupant en une seule syllabe
deux voyelles contiguës d'un même mot.
Exemple :
- Violon prononcé "vjo..." au lieu
de "vijo..."
Voir aussi
crase.
(La synérèse conserve le son des lettres.
La crase donne un son tout autre)
Le phénomène contraire est la diérèse.


1.3.5. La crase
Définition : Littré : contraction de syllabes où
le son des éléments disparaît.
Exemple :
- La figure qu'on appelle crase se fait lorsque,
deux voyelle se confondant ensemble, il en résulte un nouveau
son, par exemple lorsqu'au lieu de dire à
la ou de le, nous disons au ou du.
Voir aussi
synérèse.


1.3.6. La synalèphe (n.f.)
Etymologie : grec sunaloiphê
Définition :
Fusion de deux ou de plusieurs syllabes en une seule,
par élision, synérèse ou contraction.
Exemples :
- Margis pour Maréchal des logis.
A noter que la langue anglaise a créé
de nombreux néologismes de cette façon ("portfolio
words") :
- Motel (pour motorcar hotel)
- Telethon (pour television marathon)
- Edutainment (pour education and entertainment)
2. Figures de
construction

2.1. L'anacoluthe (n.f.)
Etymologie : grec anacoluthon : "absence de suite"
Définition :
Rupture ou discontinuité dans la construction
d'une phrase.
Exemples :
- "Et pleurés du vieillard,
il grava sur leur marbre" (La Fontaine)
- Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle
(Racine) !
Définition 2 :Littré : tournure dans laquelle, commençant
par une construction, on finit par une autre.
Exemple :
- Toutes les dignités que
tu m'as demandées, Je te les ai sur l'heure et sans
peine accordées (Corneille, Cinna)
L'anacoluthe donne parfois plus de vigueur à
la pensée, comme dans cette phrase de Pascal :
- Le nez de Cléopâtre, s'il eût
été plus court, toute la face de la terre aurait
changé.
Définition 3 :
Littré : ellipse qui consiste à employer
un relatif sans son antécédent.

2.2. L'ellipse (n.f.)
Etymologie : grec elleipsis : "manque"
Définition :
Omission syntaxique ou stylistique de un ou plusieurs
mots que l'esprit supplée de façon plus ou moins
spontanée.
Exemples :
Ellipse du sujet :
- Grand bien vous fasse (que cela vous fasse...)
- [Cela] Soit dit entre nous.
- [Nous] Arriverons demain (style "télégraphique").
Ellipse de l'agent dans une locution :
- La [fête de] Saint-Jean.
- Entrer en [classe de] cinquième.
- Il prit sur lui [la responsabilité] d'attaquer.
Ellipse du verbe :
- Je pense comme vous [pensez].
- A père avare, fils prodigue.
- Aux grands hommes la patrie [est] reconnaissante.
- Honneur [soit rendu] aux braves !
- Chacun [doit agir à] son tour.
- Je t'aimais [quand tu étais] inconstant, qu'aurais-je fait [si
tu avais été] fidèle (Racine) !
- [J'ai] compris !
- [Me voilà] enfin libre !
L'ellipse permet d'éviter la répétition
lorsqu'on répond à une question, lorsqu'on coordonne
ou compare deux termes.
Voir aussi
anacoluthe (deuxième sens).

2.3. La brachylogie
Etymologie : grec brachus : "court" et logos : "discours"
Définition :
GL : emploi d'une expression elliptique.
Définition : Grevisse : Variété d'ellipse consistant,
au sens large, à s'exprimer de façon concise, avec
le moins de mots possible.
Exemple :
- [Quand on est] Loin des yeux, [on est] loin du
coeur.
En un sens plus spécial, elle consiste à
ne pas répéter un élément précédemment
exprimé.
Définition 2 : Littré : vice d'élocution, qui consiste
dans une brièveté excessive, et poussée assez
loin pour rendre le style obscur.
Voir
zeugma.
Exemple :
- Donner cent francs, c'est une générosité
; [donner] mille [francs], c'est une largesse.

2.4. La tmèse
Etymologie : grec tmêsis : "coupure"
Définition :
GL : Disjonction, séparation de deux éléments
phoniques habituellement liés dans un mot.
Définition 2 :
Grevisse : Intercalation d'un ou de plusieurs mots
dans l'assemblage qui constitue une locution conjonctive.
Exemples :
- Avant donc
que d'écrire
- Pendant donc
que toute la troupe s'installait
- Les hommes parlent de manière, sur
ce qui les regarde, qu'ils n'avouent d'eux-mêmes que
de petits défauts (La Bruyère)

2.5. Le zeugma
Etymologie : grec zeugma : "lien"
Définition :
PR : Construction qui consiste à ne pas énoncer
de nouveau, quand l'esprit peut les rétablir aisément,
un mot ou un groupe de mots déjà exprimés
dans une proposition immédiatement voisine.
Définition :
GL : Construction qui consiste à rattacher
grammaticalement deux ou plusieurs noms à un adjectif ou
à un verbe qui, logiquement, ne se rapporte qu'à
l'un des noms ou qui est pris dans des sens différents.
Exemple :
- L'air était plein d'encens et les prés
[pleins] de verdure (V. Hugo).
Définition 3 : Littré : figure d'élocution plus connue
sous le nom d'adjonction. Le zeugma a lieu quand un mot, déjà
exprimé dans une proposition, est sous-entendu dans une
autre proposition analogue à la première et attachée
à celle-ci.
Exemples :
Le zeugma est simple quand le mot sous-entendu
est exactement celui qui a été exprimé :
- Je renonce à la Grèce, [je renonce]
à Sparte, [je renonce] à mon empire, [je renonce]
A ma famille (Racine, Andromaque)
Le zeugma est composé si le mot sous-entendu
n'est pas absolument celui qu'on a déjà vu :
- Vous régnez, Londres est
libre et vos lois [sont] florissantes (Voltaire, Henriade).
Le zeugma peut être utilisé pour créer
des effets comiques :
- Hier, j'ai sauté la bonne et le repas (P.
Desproges).
- ... Pourquoi ne faites-vous pas un saut en haut,
chez moi ? J'ai des verres en papier et l'après-midi libre
(U. Eco, Le Pendule de Foucault).
- Buvons à nos femmes, à nos chevaux,
et à ceux qui les montent... (tradition de la cavalerie).
- Tout nu dans la serviette qui me servait de pagne, J'avais le rouge au front et l'savon à la main (Jacques Brel, "Au suivant !").
- Il tira son épée et des plans sur la comète.

2.6. L'asyndète (n.f.)
Etymologie : grec asyndeton
Définition :
Absence de liaison (par une conjonction, etc.) entre
deux termes ou groupes de termes en rapport étroit.
Exemples :
- Bon gré, mal gré.
- Donnant donnant.
- Bon an mal an.
Synonyme de disjonction.
Définition 2 : Littré : sorte
d'ellipse par laquelle on retranche
les conjonctions simplement copulatives qui doivent unir les parties
d'une phrase.
Exemple :
- Français, Anglais, Lorrains, que la fureur
rassemble,
Avançaient, combattaient, frappaient, mouraient
ensemble (Voltaire, Henri VI).
L'effet contraire est la
polysyndète.

2.7. La syllepse
Etymologie : grec sullepsis : "action de prendre ensemble"
Définition :
Accord selon le sens et non selon les règles
grammaticales.
Définition 2 :
Littré : figure de grammaire qui règle
l'accord des mots, non d'après les règles grammaticales,
mais d'après les vues particulières de l'esprit.
Exemples :
Syllepse de nombre :
- Minuit sonnèrent
- Jamais il n'eût tourmenté un chat
: il les respectait
- Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour
juge,
Vous souvenant, mon fils, que caché sous ce lin,
Comme eux vous fûtes pauvre, ... (Racine).
- La plupart se sentent écoeurés.
Syllepse de genre :
- C'est la sentinelle qui le premier s'inquiète
Syllepse de personne :
- Est-ce que j'aime les gâteaux ? (pour "est-ce
que tu aimes ?")
- A t'on été sage ? (pour "as-tu
été sage ?")
- "Nous" de majesté
- Personne de politesse : Votre Altesse veut-elle
...
Définition 3 : GL et Littré donnent un deuxième sens
: Procédé par lequel on prend le même mot
à la fois au propre et au figuré.
Exemple :
- Galatée est pour Corydon plus douce que
le miel du mont Hybla.

2.8. L'aposiopèse (n.f.)
Etymologie : grec aposiopesis : "silence brusque"
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Interruption brusque d'une construction, traduisant
une émotion, une hésitation, une menace.
Exemple :
- Je pourrais vous dire encore... Mais à
quoi bon insister ?
Voir
réticence.

2.9. L'anastrophe (n.f.)
Etymologie : grec anastrophè : "renversement"
Définition : GL :
Renversement de l'ordre habituel des mots dans une phrase
Exemple :
- Restait cette redoutable infanterie de l'armée d'Espagne (Bossuet)

2.10. La polysyndète (n.f.)
Etymologie : grec polusundeton : "liaison multiple"
Définition : GL :
Coordination multiple, réalisée par des conjonctions qui joignent des termes d'une même phrase
Exemple :
- Soit moi, soit lui, soit même toute autre personne
L'effet contraire est
l'asyndète.

2.11. L'épanalepse (n.f.)
Etymologie : grec epanalepsis, "reprise"
Définition : GL :
Reprise d'un nom par un pronom dans la même proposition.
Exemple :
- Pierre, je l'ai rencontré hier.

2.12. L'hendiadys (n.m.)
Etymologie : grec hen dia duoin, "une chose par deux noms"
Définition : GL :
Procédé qui consiste à remplacer un nom accompagné d'un adjectif ou d'un complément par deux noms unis au moyen d'une conjonction.
Exemple :
- Boire dans des patères et de l'or au lieu de boire dans des patères d'or.

2.13. L'hyperbate (n.f.)
Etymologie : grec hyperbaton
Définition : GL :
Procédé par lequel on renverse l'ordre habituel des mots.
Exemple :
- Là coule un clair ruisseau au lieu de Un clair ruisseau coule là.
Synonyme d'inversion.
3. Figures de mots (tropes) : extension ou détournement
du sens propre des mots

3.1. La catachrèse
Etymologie : grec katachrêsis : "abus"
Définition :
Figure de rhétorique qui consiste à
détourner un mot de son sens propre.
Exemples :
- Aller à
cheval sur un bâton
- Les bras
d'un fauteuil, les ailes d'un moulin, la chevelure d'une comète, ...
- Une grille
d'analyse
- Un barème
(souvenir de M. Barrême)
- Une poubelle
(souvenir du préfet Poubelle)
Définition 2 : Littré : trope par lequel un mot détourné
de son sens propre est accepté dans le langage commun pour
signifier une autre chose qui a quelque analogie avec l'objet
qu'il exprimait d'abord :
Exemples :
- Une langue
(parce que la langue est le principal organe de la parole).
- Une glace
(miroir : parce qu'elle est plane et luisante comme la glace d'un
bassin).
Le langage technique est un réservoir de catachrèses
:
- Culotte (terme de chaudronnerie : goulotte en
forme de culotte).
- Guillotine (terme de chaudronnerie : machine pour
couper les tôles).
- Grue (machine de levage ressemblant à l'oiseau).
- Sauterelle (transporteur à bande qui adopte
la position de l'insecte. L'un est en extension sur ses longues
pattes, l'autre sur ses vérins de relevage).
- Souris (d'ordinateur).
- Manchon (cylindre protecteur autour d'un joint
de câble).
- Jarretière (longueur de fil reliant deux
équipements).
L'oubli de la raison d'être initiale de la
catachrèse peut conduire à des juxtapositions insolites
:
- Du rouge à lèvre rose.
- Un plat creux.
- Un frigidaire Arthur Martin.
- Un fil de fer en cuivre.
- Un verre en carton.
A noter que ces exemples sont au départ des
synecdoques (la couleur, la matière, la marque,
..., désignent un objet précis), puis des
extensions
(le mot vient à désigner tout objet remplissant
la même fonction), et deviennent des catachrèses
quand elles s'incrustent dans la pratique courante.
Voir extension, restriction.

3.2. L'extension
Etymologie : latin extensio, de extendere : "étendre"
Définition :
Action de donner à quelque chose une portée
plus générale, la possibilité d'englober
un plus grand nombre de choses. Pour un mot : le fait de s'appliquer
à plus d'objets.
Exemples :
Panier :
- corbeille à pain
- corbeille quelconque.
- contenu de la corbeille : le prix du panier
de la ménagère
- ensemble d'objets : l'Euro est constitué
d'un panier de monnaies
Bureau :
- tissu (sorte de bure)
- table de travail recouverte de ce tissu
- pièce contenant une table de travail

3.3. La restriction
Ce qui restreint le développement, la portée
de quelque chose.

3.4. La métonymie
Etymologie : grec metonumia : "changement de nom"
Définition :
PR : Figure de rhétorique par laquelle on
exprime un concept au moyen d'un terme désignant un autre
concept qui lui est uni par une relation nécessaire :
- la cause pour l'effet
- le contenant pour le contenu
- le signe pour la chose signifiée
Définition 2 : Littré : figure de rhétorique par laquelle on met
un mot à la place d'un autre dont il fait entendre la signification.
En ce sens général la métonymie serait un
nom commun à tous les tropes, mais on la restreint aux
usages suivants :
- la cause pour l'effet (ou l'inverse)
- le contenant pour le contenu
- le nom du lieu où une chose se fait pour la chose elle-même
- le signe pour la chose signifiée
- le nom abstrait pour le concret
- les parties du corps regardées comme le siège
des sentiments ou des passions, pour ces passions et ces sentiments.
- le nom du maître de la maison pour la maison même
- l'antécédent pour le conséquent.
Voir
hypallage,
synecdoque.
Définition 2 : BC : Figure qui consiste à désigner
un objet par le nom d'un autre objet lié au premier par
la logique ou la pratique.
Exemples :
- Boire un verre
(le contenu d'un verre).
- Ameuter la ville
(les habitants de la ville).
- Avoir une belle main
(écriture).
- L'aigle
(l'Allemagne).

3.5. La synecdoque
Etymologie : grec sunekdokhê : "compréhension
simultanée"
Définition :
PR : Figure de rhétorique qui consiste à
prendre le plus pour le moins, la matière pour l'objet,
l'espèce pour le genre, la partie pour le tout, le singulier
pour le pluriel ou inversement.
Exemples :
- Les mortels (pour "les hommes")
- Un fer (pour "une épée")
: matière pour l'objet
- Une voile (pour "un navire") : partie
pour le tout
Définition 2 : GL : Procédé qui donne à un
terme un sens plus étendu que ne le comporte son emploi
ordinaire.
Littré : la synecdoque est une espèce
de
métonymie. Dans la métonymie on prend un nom
pour un autre, dans la synecdoque on prend le plus pour le moins
ou le moins pour le plus.

3.6. L'hypallage (n.f.)
Etymologie : grec hupallagê : "échange,
interversion"
Définition :
Figure de style/ de grammaire qui consiste à
attribuer à certains mots d'une phrase ce qui convient
à d'autres mots (de la même phrase).
Exemples :
- Ce marchand accoudé sur son comptoir avide
(V. Hugo).
- Rendre quelqu'un à la vie (pour "rendre
la vie à quelqu'un").
Définition 3 : Littré : figure par laquelle on paraît
attribuer à certains mots d'une phrase ce qui appartient
à d'autres mots de cette phrase, sans qu'il soit possible
de se méprendre au sens :
Exemple :
- Enfoncer son chapeau dans sa tête.
Une hypallage est vicieuse quand l'attribution ne
peut se faire que de façon indirecte :
- Blessés crâniens (c'est la blessure,
et non la personne blessée, qui est "crânienne").
- Aliéné mental (c'est l'aliénation,
et non la personne aliénée, qui est "mentale").
- Médaillé militaire (c'est la médaille,
et non celui qui la reçoit, qui est "militaire").

3.7. L'antonomase
Etymologie : grec antonomasia
Définition :
PR : Figure de rhétorique consistant à
remplacer un nom par l'énoncé d'une qualité
propre à l'objet ou à l'être qu'il désigne.
Exemples :
- Le Docteur angélique (Saint Thomas d'Aquin).
Définition 2 :GL : emploi d'un nom propre pour un nom commun ou
réciproquement.
Exemples :
- L'Empereur des Français (pour "Napoléon").
Définition 3 :
Grevisse : figure de langage désignant un
personnage par le caractère dont il est le type, ou un
individu qui a un certain caractère, par le personnage
qui en est le type.
Définition 3 : Littré : sorte de
synecdoque qui consiste
à prendre un nom commun pour un nom propre, ou l'inverse.
Exemples :
- L'Orateur romain (Cicéron).
- La Vierge (Marie).
- C'est un vrai tartufe.
- Quel harpagon !
- Un zoïle (un critique)
Nota : une expression comme "l'auteur des Géorgiques"
(Virgile) n'est pas une antonomase, mais une
périphrase.

3.8. La paronomase
Etymologie : grec para, "à côté" et onoma, "nom"
Définition :
GL : Procédé de style qui consiste à employer à côté l'un de l'autre des mots dont le son est à peu près semblable, mais dont le sens est différent.
Exemples :
- Traduttore, tradittore
- Qui vivra verra
- Qui se ressemble s'assemble
4. Figures de pensée : présentation de la pensée
sous une forme plus vive

4.1. L'hypotypose
Etymologie : grec hupotupôsis)
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : description animée, vive et
frappante, qui met pour ainsi dire la chose sous les yeux.

4.2. La périphrase
Etymologie : grec periphrazein : "parler autour"
Définition :
Figure qui consiste à exprimer une notion,
qu'un seul mot pourrait désigner, par un groupe de plusieurs
mots.
Définition 2 :
Littré : figure de style par laquelle, au
lieu d'un seul mot, on en met plusieurs qui forment le même
sens. Périphrase est littéraire et relatif seulement
à la forme du discours, au lieu que circonlocution est
de la langue commune et se rapporte au sens, aux idées.
On se sert de périphrases pour embellir le discours, et
de circonlocutions pour adoucir ce qui blesserait, pour écarter
des idées désagréables, basses ou peu honnêtes.
La périphrase ne fait que tenir la place d'un mot ou d'une
expression ; au fond, elle ne dit pas davantage ; au lieu que
la paraphrase ajoute d'autres pensées, elle explique,
elle développe.
Exemples :
- La Ville-Lumière (pour "Paris").
- La Ville Eternelle (pour "Rome").
- L'oiseau de Jupiter, de Junon (pour "l'aigle",
"le paon")
Voir
circonlocution, détour.
On peut user de périphrases pour toucher à
un sujet délicat : voir
euphémisme.

4.3. La circonlocution
Etymologie : latin circumlocutio : "parler autour"
Définition :
Manière d'exprimer sa pensée d'une
façon indirecte (GL : et imprécise).
Voir ambage,
périphrase.

4.4. L'apostrophe (n.f.)
Etymologie : grec apostrophê
Définition :
PR : Figure de rhétorique par laquelle un
orateur interpelle tout à coup une personne ou même
une chose qu'il personnifie.
Définition 2 :
GL : Procédé par lequel on s'interrompt
pour adresser la parole à des personnes présentes,
absentes ou mortes, à des objets inanimés.
Exemples :
- Ô Mort, éloigne-toi !
- Ô Temps, suspend ton vol ! (Chateaubriant
- Soleil, je te viens voir pour la dernière
fois (J. Racine, Phèdre).

4.5. La prosopopée
Etymologie : grec prosopopeia, de prosopon : "personne"
Définition :
Figure par laquelle on fait parler et agir une personne
que l'on évoque, un absent, un mort, un animal, une chose
personnifiée.
Définition 2 :
Littré : figure de rhétorique qui prête
de l'action et du mouvement aux choses insensibles, qui fait parler
les personnes soit absentes, soit présentes, les choses
inanimées, et quelquefois même, les morts.
Voir évocation.
Exemples :
Je vis cette faucheuse, elle était dans
son champ (V. Hugo).
- La camarde (..) me poursuit d'un zêle imbécile
(G. Brassens, Supplique pour être enterré sur la
plage de Sète).

4.6. L'interrogation
Etymologie : latin interrogatio
Définition :
PR : Type de phrase logiquement incomplète
qui a pour objet de poser une question ou qui implique un doute.
Définition 2 :
Grevisse : Interrogation oratoire : figure de rhétorique
par laquelle on donne à entendre qu'il faut admettre comme
évidente la proposition contradictoire à celle qu'on
exprime fictivement sous la forme interrogative.
Exemples :
- Est-il possible qu'il ait fait une telle faute
? (= Il n'est pas possible...).
- Ne vous avais-je pas averti ? (= Je vous avais
averti).
Définition 2 :
Littré : figure de rhétorique par laquelle
l'orateur adresse à son adversaire ou au public une ou
plusieurs questions auxquelles il sait bien qu'on ne répondra
pas.

4.7. L'interjection
Littré : figure de rhétorique qui consiste
à interrompre le sens pour placer une exclamation, une
réflexion plus ou moins prolongée.

4.8. L'exclamation
Etymologie : latin exclamatio
Définition :
PR : Cri, paroles brusques exprimant de manière
spontanée une émotion, un sentiment.
Définition 2 :
GL : Mot interjectif ou phrase réduite dans
lesquels l'intonation exprime une émotion violente ou un
jugement teinté d'affectivité.
Définition 3 :
Littré : figure de rhétorique qui consiste
à se livrer tout à coup dans le discours aux élans
impétueux de la passion.
Voir
interjection.
Exemple :
Définition 2 :
Grevisse distingue trois variétés :
- La proposition exclamative proprement dite
traduit, avec la force d'un cri, la joie, la douleur, l'admiration,
la surprise, l'indignation, la pitié, la crainte, l'ironie,
ou quelque autre sentiment du sujet parlant.
- La proposition optative exprime un souhait,
un désir :
- La proposition impérative exprime
un ordre, un conseil, une prière :
- Enfin, la proposition exclamative peut se présenter
sous une forme interrogative :
- Moi, Seigneur, que je fuie ! (Racine)

4.9. L'ironie
Etymologie : grec eironeia : "action d'interroger en
feignant l'ignorance"
Définition :
Manière de se moquer (de quelqu'un ou de quelque
chose) en disant le contraire de ce qu'on veut faire entendre.
Voir humour, persiflage, raillerie,
dérision, sarcasme.

4.10. Le charientisme
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : espèce de trope consistant
dans une
ironie où on laisse entendre, plutôt qu'on
ne l'exprime, ce qu'il y a de piquant dans la pensée.

4.11. L'anticipation
Etymologie : latin anticipatio
Définition :
Mouvement de la pensée qui imagine ou vit
d'avance un événement.
Définition 2 :
Littré : réfutation anticipée
d'objections prévues.
Synonyme de
prolepse.
Exemple :
- J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon
(La Fontaine, Perrette et le pot au lait).

4.12. La prolepse
Etymologie : grec prolêpsis : "anticipation"
Définition :
PR : Figure de rhétorique par laquelle on
prévient une objection, en la réfutant d'avance.
Définition 2 :
GL : Procédé qui consiste à
employer une épithète marquant un événement
qui précède celui qui est indiqué par le
substantif ou à placer un mot dans la proposition qui précède
celle où il devrait être.
Exemple :
- Le malheureux
enfant, il ne sait pas ce qui l'attend.

4.13. La concession
Etymologie : latin concessio
Définition :
Littré : figure de rhétorique par laquelle
on accorde à son adversaire ce qu'on pouvait lui
disputer.
Définition 2 :
L'Académie française donne un sens
plus restrictif : figure par laquelle on feint d'accorder
à son adversaire ce qu'en réalité on lui
refuse.
Exemple :
- Vous prétendez que vos intentions étaient
honnêtes. Admettons ! Il n'en reste pas moins que...

4.14. La réfutation
Etymologie : latin refutatio, de refutare : "repousser"
Définition :
Partie du discours dans laquelle on répond
aux objections exprimées ou prévues.

4.15. La métastase
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : figure de rhétorique consistant
à rejeter sur le compte d'autrui les choses que l'orateur
est forcé d'avouer.

4.16. L'épiphonème (n.m.)
Etymologie : grec epi, "sur", et phônêma, "voix"
Définition :
GL : Exclamation sentencieuse par laquelle on termine un récit, un discours.
Exemple :
- Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévôts ! (Boileau, Le Lutrin)

4.17. La métalepse
Etymologie : grec metalêpsis, "transposition"
Définition :
GL : Figure de rhétorique par laquelle on fait entendre l'antécédent par le conséquent, ou l'inverse.
Exemples :
- Antécédent par le conséquent : Hélas ! nous le pleurons au lieu de Hélas ! il est mort.
- Conséquent par l'antécédent : Ils ont vécu au lieu de Ils sont morts.
5. Figures de comparaison

5.1. La comparaison
Définition : Rapport établi entre un objet et un autre
terme.
Définition 2 :
Littré : figure de rhétorique par laquelle,
pour éclaircir une idée ou pour orner le discours,
on applique à un objet des traits de ressemblance empruntés
à un objet différent.
Synonyme de similitude.
Exemple :
- Sa barbe était d'argent comme un ruisseau
d'avril (V. Hugo, Booz endormi)

5.2. Le cliché
PR : Idée ou expression trop souvent utilisée.
Voir banalité,
lieu commun,
poncif.

5.3. Le poncif
Expression littéraire dénuée
d'originalité

5.4. Le lieu commun
Fait de style qu'un emploi trop fréquent a
affadi.
Exemples :
- Notre souverain (...) qui dirige à la fois
d'une main si ferme et si sage le char de l'Etat parmi les périls
incessants d'une mer orageuse... (Flaubert, Madame Bovary)
- Le blanc manteau de la neige.

5.5. La métaphore
Etymologie : grec metaphora : "transposition"
Définition :
PR : Figure de rhétorique qui consiste dans
un transfert de sens (terme concret dans un contexte abstrait)
par substitution analogique.
Définition 2 :
GL : Figure de rhétorique qui consiste à
"transporter" un mot de l'objet qu'il désigne
d'ordinaire à un autre objet auquel il ne convient que
par une comparaison sous-entendue.
Voir
comparaison, image.
Définition 3 :
BC : Figure qui établit entre deux termes
une relation d'analogie ou d'équivalence, tout en échappant
à l'épreuve de vérité.
Définition 4 :
Littré : figure de rhétorique par laquelle
la signification naturelle d'un mot est changée en une
autre. La métaphore est une figure par laquelle on transporte,
pour ainsi dire, la signification propre d'un nom à une
autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaison
qui est dans l'esprit.
Exemples :
- La racine du mal ("racine" exprime l'idée
abstraite de point d'attache)
- Une source de chagrins ("source" exprime
l'idée abstraite d'origine)
- La lumière de l'esprit (pour "l'intelligence"
: périphrase dans laquelle lumière est utilisée métaphoriquement)
- L'hiver de la vie (pour "la vieillesse"
: périphrase dans laquelle hiver est utilisé métaphoriquement)
- Tête de Turc (objet sur lequel on frappe
=> personne sur laquelle on s'acharne)
- Bouc émissaire (animal chargé des
péchés d'Israël => personne rendue responsable d'une situation)
Expression :
- Filer une métaphore : la
développer longuement, progressivement.
Une métaphore est incohérente quand
ses termes ne peuvent pas s'accorder :
- Un torrent qui s'allume
- Le char de l'Etat navigue sur un volcan
- Gloire à ceux qui ont forgé silencieusement mais efficacement le fier levain qui demain ou après-demain au plus tard, fera germer le grain fécond du ciment victorieux, au sein duquel, enfin, sera ficelée, entre les deux mamelles de l'harmonie universelle, la prestigieuse clé de voûte qui ouvrira à deux battants, la porte cochère d'un avenir meilleur sur le péristyle d'un monde nouveau...(Pierre Dac)

5.6. L'antimétathèse
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : figure de grammaire par laquelle deux
ou plusieurs lettres d'un mot se mettent l'une à la place
de l'autre, comme utile et tuile.
Définition 2 :
Littré : figure de mot par laquelle deux phrases
font pour ainsi dire entre elles l'échange des mots qui
les composent, de manière que chacun se trouve à
son tour à la même place et dans le même rapport
où était l'autre.
Exemple :
- Courbe la tête, fier Sicambre, adore ce
que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré
(Saint Rémy, avant de baptiser Clovis)
Synonymes : renversement, antimétabole, antimétalyse.

5.7. L'analogie
Etymologie : latin analogia
Définition :
PR : Ressemblance établie par l'imagination
(souvent consacrée dans le langage par les diverses acceptions
d'un même mot) entre deux ou plusieurs objets de pensée
essentiellement différents.
Définition :
BC : Rapport de ressemblance fondé sur une
proportion à quatre termes : a est à b ce que c
est à d.
Exemple :
- La justice militaire est à la justice ce
que la musique militaire est à la musique (Clemenceau)

5.8. L'apologue (n.m.)
Littré : exposé d'une vérité
morale sous une forme allégorique, et dans lequel l'enseignement
est presque toujours donné par une assimilation de l'espèce
humaine aux êtres que l'on fait parler ou agir.
Synonymes : fable, parabole

5.9. L'allégorie
Etymologie : grec allegoria
Définition :
PR : Suite d'éléments descriptifs ou
narratifs dont chacun correspond aux divers détails de
l'idée qu'ils prétendent exprimer. Peinture dont
chaque élément évoque minutieusement les
aspects d'une idée.
Définition 2 : GL : Expression d'une idée par une image,
un tableau, un être vivant, etc. Oeuvre littéraire
ou artistique utilisant cette forme d'expression.
Voir
métaphore, symbole.
Définition 3 : BC : Mode de pensée et d'expression consistant
à employer des personnifications à la place de notions
abstraites, dans une structure narrative qui les fait agir et
surtout parler.
Définition 4 : Littré : sorte de métaphore continuée,
espèce de discours qui s'est d'abord présenté
sous un sens propre, et qui ne sert que de comparaison pour donner
l'intelligence d'un autre sens, qu'on n'exprime point.

5.10. La parabole
Etymologie : grec parabolê, "comparaison"
Définition :
GL : comparaison développée dans un récit, servant de voile à une vérité, à un enseignement. La parabole était une comparaison utilisée par le Christ dans sa prédication pour initier à son enseignement.
6. Figures d'opposition

6.1. L'antinomie
Etymologie : grec anti : "contre" et nomos : "loi"
Définition :
GL : Contradiction entre deux dispositions d'un même
texte. Littré : contradiction entre deux lois.

6.2. L'antithèse
Etymologie : grec antithesis : "opposition"
Définition :
Figure de rhétorique : opposition de deux
pensées, de deux expressions que l'on rapproche dans le
discours pour en faire mieux ressortir le contraste.
Exemples :
- Car le jeune homme est beau, mais le vieillard
est grand (V. Hugo)
- Puisqu'on ne peut être universel en sachant
tout ce qui se peut savoir sur tout, il faut savoir un peu de
tout (Pascal, Pensées)
- On appelle ce jargon beauté poétique
(...) qui consiste à dire de petites choses avec de grands
mots (Pascal, Pensées)
Une rupture dans la logique de pensée peut
créer un effet comique dans l'antithèse :
- Ces messieurs hauts
de forme et bas de plafond, ces messieurs parlent raison (Prévert,
Grand bal du printemps / A Paris...).

6.3. L'antiphrase
Etymologie : grec antiphrasis
Définition :
Trope : manière d'employer un mot, une locution
dans un sens contraire au sens véritable, par ironie ou
euphémisme.
Définition : Littré : emploi d'un mot ou d'une proposition
dans un sens contraire à son véritable sens. Une
antiphrase est une contre-vérité réduite
à un seul mot, à une seule dénomination.
Exemples :
- Le nom de "boeuf" que le roitelet porte
dans plusieurs provinces, lui est donné par antiphrase
à cause de son extrême petitesse (Buffon).
- Celui-là chez eux [les courtisans] est
sobre est modéré, qui ne s'enivre que de vin (La
Bruyère, Les caractères)

6.4. Le paradoxe
Etymologie : grec paradoxos : "contraire à l'opinion
commune"
Définition :
PR : Opinion qui va à l'encontre de l'opinion
communément admise.
Exemple :
- Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher
(Pascal)

6.5. L'oxymore
Définition :
BC : Figure de mots : alliance de mots de sens opposés.
Exemples :
- Heureux mal.
- Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
(Corneille, Le Cid)

6.6. Le chiasme
Etymologie : grec chiasmos, "disposition en forme de croix"
Définition :
GL : Procédé qui consiste en une double antithèse dont les termes sont inversés.
Exemple :
- Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.
Définition :
PR : Figure de rhétorique formée d'un croisement des termes (là où le parallélisme serait normal).
Exemple :
- Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger (Molière, L'Avare).
7. Figures de répétition

7.1. L'antanaclase (n.f.)
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : figure de rhétorique, répétition
d'un même mot en des sens différents.
Exemple :
- Le coeur a ses raisons,
que la raison ne connaît point (B. Pascal, Pensées).

7.2. L'antanagoge (n.f.)
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : récrimination, reproche qu'on
oppose à un autre reproche, figure par laquelle on rétorque
une accusation.

7.3. L'antapodose (n.f.)
Vieilli, aujourd'hui inusité)
Définition :
Littré : seconde partie d'une similitude qui répond
exactement à la première.

7.4. L'antilogie
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : contradiction de langage.

7.5. L'antiparastase (n.f.)
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : figure de rhétorique qui consiste
en ce qu'un accusé maintient qu'il devrait être loué
plutôt que blâmé, s'il avait fait ce qu'on
lui impute.

7.6. L'allitération
Etymologie : anglais alliteration, du latin littera : "lettre"
Définition :
Répétition des mêmes sonorités
produisant un effet harmonieux ou pittoresque.
Définition 2 :
Littré : figure de diction qui consiste à
répéter ou opposer plusieurs fois la même
ou les mêmes lettres.
Synonyme : paragrammatisme.
Exemples :
- Les
souffles de la nuit flottaient
sur Galgala (V. Hugo).
- Tout m'afflige et me nuit
et conspire à me nuire (Racine)
- Pour qui sont ces serpents
qui sifflent sur vos têtes (Racine)
- Le riz tenta le rat, le rat tenté tâta
le riz.

7.7. L'anaphore (n.f.)
Etymologie : grec anaphora : "reprise"
Définition :
Figure de rhétorique : répétition
d'un mot en tête de plusieurs membres de phrase, pour obtenir
un effet de renforcement ou de symétrie.
Exemple :
Mon bras qu'avec respect toute l'Espagne admire, Mon bras qui tant de fois a sauvé cet Empire... (Corneille).
Voir aussi symploque.

7.8. La symploque
Littré : répétition consistant
à commencer plusieurs membres de phrases ou à les
finir par le même mot.

7.9. L'anadiplose (n. f.)
Littré : espèce de répétition
qui consiste à placer deux fois de suite le même
mot à la fin de la phrase qui finit et au commencement
de celle qui commence, pour donner plus de force à l'expression.
Exemple :
Et les princes et les peuples gémissaient
en vain ; en vain
Monsieur, en vain le Roi lui-même tenaient Madame serrée
... (Bossuet, Oraison funèbre pour la Duchesse d'Orléans).

7.10. Le pléonasme
Etymologie : grec pleonasmos
Définition :
Terme ou expression qui ne fait qu'ajouter une répétition
à ce qui vient d'être énoncé.
Définition 2 : Grevisse : Abondance d'expressions non exigée
par l'énoncé strict de la pensée. Il peut
servir à donner plus de force et de relief à tel
ou tel élément de la proposition.
Définition : Littré : surabondance de termes, donnant plus
de force à l'expression. Figure de syntaxe par laquelle
on ajoute à une phrase des mots qui paraissent superflus
par rapport à l'intégrité grammaticale, mais
qui servent pourtant à y ajouter des idées accessoires,
surabondantes, soit pour y jeter de la clarté, soit pour
en augmenter l'énergie.
Voir redondance,
tautologie.
Exemple :
Le pléonasme est vicieux lorsqu'il n'ajoute
rien à la force de l'expression :

7.10b. La périssologie
Etymologie : grec perissologia, "redondance", "superfluité"
Définition :
PR : pléonasme fautif - Procédé d'insistance par répétition.

7.11. La tautologie
Etymologie : grec tautologia
Définition :
PR : Vice logique consistant à présenter,
comme ayant un sens, une proposition dont le prédicat ne
dit rien de plus que le sujet.
Définition :
GL : Négligence de style consistant à
présenter comme des idées différentes ce
qui, en réalité, n'est que la même idée
sous plusieurs formes.

7.12. La battologie
Vieilli, aujourd'hui inusité
Définition :
Littré : répétition oiseuse,
fastidieuse des mêmes pensées sous les mêmes
termes.

7.13. Le paréchème
Définition : Littré : défaut de langage par lequel
on place à côté l'une de l'autre des syllabes
de même son.
Exemple :
Il faut qu'entre nous nous
nous nourrissions.

7.14. L'accumulation
Définition : Figure de rhétorique : action de mettre ensemble
en grand nombre (des idées, des preuves, etc.).
Définition 2 : GL : Procédé stylistique qui consiste
à accumuler les mots pour rendre l'idée plus frappante.

7.15. L'énumération
Définition : Enumération des parties : figure de rhétorique.

7.16. L'imprécation
Etymologie : latin imprecatio, de precari : "prier"
Définition :
Figure de rhétorique : souhait de malheur
contre quelqu'un.
Voir anathème, malédiction.
Définition :
Littré : l'imprécation est une prière,
la malédiction est une sentence prononcée au nom
d'un sentiment religieux par une personne qui a le droit de la
prononcer. L'anathème est une réprobation, un blâme
solennel.
Expressions :
- Proférer des imprécations.
- Se répandre en imprécations contre
quelqu'un.
8. Figures d'amplification ou d'atténuation

8.1. L'hyperbole
Etymologie : grec huper et ballein : "lancer"
Définition :
Figure de style qui consiste à mettre en relief
une idée au moyen d'une expression qui la dépasse.
Définition : Littré : figure de rhétorique qui consiste
à augmenter ou à diminuer excessivement la vérité
des choses pour qu'elle produise plus d'impression.
Exemple :
- Un géant (pour "un homme de haute
taille").
Voir emphase, exagération.
Le contraire de l'hyperbole est la
litote.

8.2. La gradation
Etymologie : latin gradatio, de gradus : "degré"
Définition :
PR : Figure de rhétorique qui consiste à
disposer plusieurs mots ou expressions selon une progression de
sens croissante et décroissante.
Définition 2 : GL : Disposition des termes d'une énumération
dans un ordre de valeur croissant ou décroissant.
Définition 3 :
Littré : figure par laquelle on accumule plusieurs
termes ou plusieurs idées qui enchérissent l'une
sur l'autre.
Exemples :
- C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap!
Que dis-je, c'est un cap ? C'est une péninsule ! (Ed. Rostand,
Cyrano de Bergerac)
- J'aime, que dis-je aimer ? J'idolâtre Junie
(Racine, Britannicus)

8.3. La litote
Etymologie : grec litotes : "simplicité"
Définition :
Figure de rhétorique qui consiste à
atténuer l'expression de sa pensée pour faire entendre
le plus en disant le moins. On se sert d'une litote quand on suggère
une idée par la négation de son contraire.
Exemples :
- Ce n'est pas mauvais (pour "c'est très
bon").
- Va, je ne te hais point (Corneille).
Le contraire de la litote est
l'hyperbole.

8.4. L'euphémisme (n.m.)
Etymologie : grec eu : "bien" et phêmê
: "parole"
Définition :
Figure de rhétorique : expression atténuée
d'une notion dont l'expression directe aurait quelque chose de
déplaisant.
Voir adoucissement.
Exemples :
- Disparu (pour "mort").
- Il n'est plus jeune (pour "il est vieux").

8.5. La prétérition
Etymologie : latin praeteritio : "omission"
Définition :
PR : Figure par laquelle on attire l'attention sur
une chose en déclarant n'en pas parler.
Définition 2 :
GL : Procédé de style par lequel on
déclare passer sous silence une chose dont on parle néanmoins
par ce moyen indirect.
Définition 3 :
Littré : figure de rhétorique par laquelle
on feint d'omettre des circonstances sur lesquelles on insiste
avec beaucoup de force.
Synonymes : prétermission, paralipse.
Exemples :
- Je ne dirai rien de son dévouement, qui
...
- Dupont, pour ne pas le nommer.
- Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, ni
les voiles au loin descendant vers Harfleur (V. Hugo, A Villequier).

8.6. L'allusion
Etymologie : latin allusio
Définition :
Manière d'éveiller l'idée d'une
personne ou d'une chose sans en faire expressément mention.
Définition 2 :
Littré : figure de rhétorique consistant
à dire une chose qui fait penser à une autre.
Voir sous-entendu.
Expressions :
- Faire allusion à un événement.
- L'allusion m'échappe.

8.7. La réticence
Etymologie : latin reticentia : "silence obstiné"
Définition :
Voir interruption, silence.
Définition 2 :
PR : Figure par laquelle on interromp brusquement
la phrase, en laissant entendre ce qui suit.
Définition 3 :
Littré : sorte de prétérition
où, commençant l'expression de sa pensée,
on s'arrête avant de l'avoir achevée. La réticence
consiste à passer sous silence des pensées que l'on
fait mieux connaître par ce silence, que si on parlait ouvertement.
Exemples :
- Je devrais sur l'autel où ta main sacrifie
Te... mais du prix qu'on m'offre il faut me contenter
(Racine, Athalie)
9. La déprécation
Etymologie : latin deprecatio
Définition :
PR : Prière faite avec soumission, pour détourner
un malheur, pour obtenir le pardon d'une faute.
Définition 2 :
GL : Prière instante adressée à
la divinité, à une puissance quelconque, à
un homme même, afin d'obtenir une protection ou une faveur
spéciale, l'éloignement d'un danger.
Définition 3 :
Littré : figure par laquelle on s'interromp
au milieu d'un discours pour demander aux dieux d'écarter
un malheur ou un danger.
Exemples :
- Qu'on appelle mon fils, qu'il vienne se défendre
Qu'il vienne me parler, je suis prêt de
l'entendre.
Ne précipite pas tes funestes bienfaits,
Neptune... (Racine, Phèdre)
10. La pointe
BC : Trait brillant et surprenant amené à
la fin de certaines formes poétiques, en particulier l'épigramme.