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Frédéric Wronecki Valérie Habracken
Glossaire des odonymes français et dialectaux

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Présentation | Sources | Langues et dialectes | Les auteurs | Remerciements
Les régions non romanes... | Le domaine germanique | Le domaine celte | Le domaine basque
Les régions romanes... | Le français d'oïl | La langue d'oc ou occitan | Le franco-provençal | Le corse
Bienvenue sur cette page, que ce soit la curiosité, le désir d'en savoir plus ou le souhait de combler quelques lacunes qui vous ont mené jusqu'ici...

Vous l'aurez constaté en parcourant notre glossaire, la diversité des langues et dialectes est remarquable pour le seul territoire français. Nous avons indiqué pour chaque terme dialectal ou étranger son origine géographique. Une carte des provinces françaises à la fin du XVIIIème siècle ainsi qu'une carte de la Belgique administrative sont à votre disposition si vous avez un doute quant à la situation géographique exacte de la Saintonge ou du Brabant Wallon. Vous pouvez également consulter la carte des langues et dialectes régionaux, et si le lien entre l'alsacien et le flamand vous échappe ou si vous vous demandez pourquoi nous n'indiquons pas de genre pour les noms basques, nous vous invitons à lire ce qui suit pour plus de détails sur les langues et parlers qui coexistent sur le territoire français et en Belgique francophone.

Est-il besoin de le rappeler, la francophonie s'appuie sur un ensemble de cultures diverses reflétées par les parlers locaux. Trois des quatre pays francophones du Nord sont territorialement plurilingues : le français, langue co-officielle, est langue dominante d'une ou plusieurs régions, tandis que d'autres régions parlent une autre langue ; la Belgique, la Suisse, le Canada sont francophones, mais partiellement, en fonction des régions ; les situations du Luxembourg et de la Vallée d'Aoste, cette dernière étant une région autonome, sont encore différentes. C'est pourquoi des termes issus de langues de contact (le néerlandais pour la Belgique, l'anglais pour le Canada) figurent sur ce site.

Avant toute chose, il convient de distinguer sur le territoire français les parlers romans des parlers non romans. S'il est bien connu que le français est une langue issue du latin, en revanche tous les Français ne se réclament pas d'une culture romane. Certaines régions périphériques du territoire français possèdent des dialectes ou des langues non latines :
- l'alsacien, le lorrain (plus précisément le francique rhénan et le francique mosellan) et le flamand (proche du néerlandais), langues germaniques ayant un ancêtre commun (l'ancien francique),
- le breton qui est une langue celte,
- le basque dont les origines restent obscures.

Le reste des parlers que l'on peut entendre sur les territoires français et belge (en Wallonie) sont des parlers gallo-romans, eux-mêmes issus du latin. Ils sont divisés en trois groupes de dialectes : le français d'oïl, l'occitan et le franco-provençal. Le corse est un cas un peu à part de par son origine : bien qu'appartenant au domaine roman, il s'agit en effet d'un dialecte italien.

1. LES REGIONS NON ROMANES :

Le domaine germanique :

Le francique est une langue éteinte appartenant au groupe des langues germaniques (germanique occidental), qui était parlée par les Francs, qui ont envahi la plus grande partie de la Gaule romanisée entre le IIème et le VIIIème siècle et qui ont lui laissé leur nom : la France. Elle a très fortement influencé le français d'oïl.

Cette langue est appelée par les linguistes ancien bas francique, pour éviter la confusion avec les dialectes du haut allemand : francique rhénan, parlé, entre autres, dans le département du Bas-Rhin (alsacien), francique mosellan (lorrain) et francique oriental. L'ancien francique est en outre l'ancêtre du néerlandais actuel.

- Alsacien (et lorrain) :

L'alsacien est un dialecte de la branche alémanique (bas alémanique), parlé dans la majeure partie de l'Alsace mais aussi la région de Bade, en Allemagne (l'Elsässer). Le nombre de locuteurs est estimé à 900 000, soit la moitié de la population de l'Alsace. Considéré comme langue régionale de France, l'alsacien recouvre une réalité géolinguistique autre : le terme englobe tous les parlers germaniques d'Alsace, soit :
- le bas alémanique dans la partie centrale de l'Alsace ;
- le haut alémanique dans le Sundgau, à l'extrême sud du département du Haut-Rhin.

L'alsacien n'est donc pas une langue homogène mais une diversité de parlers locaux. La toponymie alsacienne (départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin) puise largement dans le vocabulaire germanique : nous avons repris dans notre étude des mots tels que Pfad, Gasse, Weg qui sont les plus courants et loin d'être rares, même si Weg se rencontrera le plus souvent dans un environnement rural. En revanche, il est très difficile de dénicher des exemples de noms de voies en Lorraine (c'est le département de la Moselle qui conserve le plus de noms de lieux à consonnance germanique) ; nous n'en n'avons pas débusqué pour le moment...

- Flamand :

Il s'agit d'un dialecte faisant partie du groupe du germanique occidental, et plus particulièrement du sous-groupe bas allemand.

Le flamand (ou vlaams en flamand) est un dialecte néerlandais. Le néerlandais standard est la langue de culture de 25 millions de personnes dans le monde (5 millions de locuteurs hors d'Europe). Quant au flamand, il est parlé dans la Flandre belge et française, c'est-à-dire en Belgique du Nord (6 millions de locuteurs) et en France (90 000 locuteurs) dans le Westhoek (arrondissement de Dunkerque), ainsi qu'aux Pays-Bas où il cohabite avec d'autres variantes dialectales du francique (hollandais, brabançon, limbourgeois) et des dialectes saxons.

Malgré leur parenté, il est à noter que la prononciation du flamand et du néerlandais est très distincte de celle des langues apparentées à l'allemand… De très nombreux villages français le long de la frontière franco-belge ont conservé leurs noms de rues en flamand, là où l'orthographe a été "normalisée" en néerlandais standard côté belge. En outre, l'influence du flamand se ressent jusque dans les noms de rues français : ainsi, on dénombre beaucoup de Petites Rues en Flandre française (ex. : Petite Rue de Cassel à Hazebrouck - 59), ce qui est la traduction de Straatje que l'on trouvera dans la partie néerlandophone de Belgique (je vous recommande cette page instructive sur un village typiquement flamand où vous trouverez de nombreux noms de rues et de chemins en flamand, avec leur traduction).

Le domaine celte :

Les langues celtiques forment un groupe de langues appartenant à la famille indo-européenne, comme les langues germaniques et romanes (ou latines). On distingue traditionnellement le celtique insulaire (celui parlé en Grande-Bretagne, en Bretagne et en Irlande) du celtique continental (le gaulois). Le groupe des langues celtiques se divise en trois sous-groupes :
- le gaulois ;
- le brittonique, comprenant le breton (parlé en Bretagne par 240 000 locuteurs mais comprise par quatre fois plus de personnes), le gallois (parlé dans le pays de Galles par environ 600 000 locuteurs), le cornique (parlé en Cornouailles et aujourd'hui pratiquement disparu - il ne comptait plus que 150 locuteurs en 1990) ;
- le gaélique, comprenant l'irlandais (parlé par quelque 250 000 locuteurs), l'écossais (parlé par environ 100 000 locuteurs), le mannois (parlé dans l'île de Man par moins de 1000 personnes et en voie d'extinction).

Le breton (ou brezhoneg en breton), langue celtique insulaire et essentiellement orale, est le résultat de la langue importée par des émigrants celtes brittoniques venus de l'actuelle Grande-Bretagne (en particulier du nord du pays de Galles, du Devon et de Cornouailles), qui s'implantèrent en Armorique entre le Vème et le VIIème siècle.

On distingue la Bretagne bretonnante (ou Basse-Bretagne, partie occidentale de la Bretagne) de la Bretagne romane (ou Haute-Bretagne, partie orientale de la Bretagne), appelée aussi Bretagne gallo, nom que les Bretons bretonnants ont donné aux Bretons de langue romane. Le breton actuel s'étend sur une aire qui recouvre les départements du Finistère, des Côtes-d'Armor (qui compte le plus grand pourcentage de bretonnants) et du Morbihan. Il s'est divisé en quatre dialectes principaux :
- le vannetais,
- le léonais (ou léonard),
- le trégorrois,
- le cornouaillais.

C'est dans ces trois départements que l'on trouvera évidemment des toponymes en breton, d'autant que la signalisation routière y est désormais bilingue (vous pouvez jeter un œil au passage sur cette page comportant un texte humoristique sur les " méfaits " de la signalisation bilingue). A noter qu'en raison d'une tradition écrite apparue tardivement (au XVIème siècle), il existe souvent plusieurs variantes orthographiques pour un seul et même terme (Kroaz-hent peut également s'écrire Croas Hent, pour ne donner qu'un seul exemple). Hent (Chemin en breton) est un mot-clef essentiel à partir duquel sont forgés de nombreux substantifs : Hent-dall, Hent-stlejan, Hent-treuz, Kroaz-hent, Karr-hent.

Le domaine basque :

Le basque présente la particularité d'être non seulement une langue non romane - alors qu'elle est environnée par des langues romanes comme le français et l'espagnol - mais aussi d'être une langue non indo-européenne. Les Basques étaient présents dès le IIème millénaire avant notre ère, donc avant l'arrivée des Indo-Européens.

Il est parlé actuellement par un peu moins d'un million de personnes. L'aire géographique du basque coïncide aujourd'hui avec celle du Pays basque français et espagnol (Communauté autonome du Pays basque ; Communauté forale de Navarre) ; il est parlé en outre par quelques communautés basques d'Amérique du Sud, de Saint-Pierre-et-Miquelon et de Terre-Neuve. On s'interroge toujours sur ses origines.

L'euskara (en basque espagnol) ou l'eskuara (en basque français) comprend huit dialectes, propres à chaque province, dont :
- du côté espagnol : le biscayen, le guipuzcoan, le haut-navarrais,
- du côté français : le bas-navarrais, le labourdin et le souletin, ce dernier étant très différent des autres dialectes.

Du fait de la diversité de ces dialectes, du choix du labourdin comme langue de référence pour le basque écrit en France, de celui du guipuzcoan pour le basque écrit en Espagne, l'euskara batua, un " basque unifié ", langue commune à toutes les provinces, s'implante de part et d'autre des Pyrénées. Le basque est en outre la langue officielle du Pays Basque espagnol, qui a été reconnu comme région autonome.

S'il existe une traduction pour la plupart des termes toponymiques (que nous nous sommes efforcés de faire figurer dans notre glossaire malgré le manque d'exemples), il est en revanche difficile de trouver des noms de voies qui soient entièrement en basque sur le territoire français, le bilinguisme s'appliquant surtout aux noms de lieux (et plus particulièrement de communes). On peut ainsi rencontrer des constructions mixtes telles que Chemin Ibarbide. A noter que le basque ne comporte ni genre masculin, ni genre féminin pour les mots…

2. LES REGIONS ROMANES :

Le français d'oïl :

L'expression désigne le français de langue d'oïl, dans ses variantes régionales ou dialectales, parlé au nord de la Loire ; en sont donc exclus le franco-provençal, les parlers issus de l'occitan ainsi que les langues non romanes (voir ci-dessus).

Les parlers gallo-romans d'oïl ont bien moins résisté au français central que l'occitan et ont aujourd'hui presque tous disparu malgré les efforts constants de nombreuses associations luttant pour leur maintien. On attribue l'évolution particulière du français d'oïl à une implantation des Francs plus massive au nord de la Loire qu'au sud.

Parmi les parlers d'oïl, on distingue :
- les parlers du sud-est du domaine : ce sont le franc-comtois, le bourguignon (avec le bressan, parler de la Bresse louhanaise), le bourbonnais ;
- les parlers du nord : le lorrain (dont le " vosgien ", parler des Vosges), le wallon, le picard (comprenant le rouchi ou encore le " lillois ") et le normand (l'anglo-normand étant rattaché à l'ancien français) ;
- les parlers du nord-ouest : l'angevin, le manceau, le tourangeau, le gallo ;
- les parlers du sud-ouest : le saintongeais et le poitevin, qui forment le groupe du poitevin-saintongeais ;
- les parlers du Centre : parlers de l'Île-de-France et de l'Orléanais, auxquels on rattache le berrichon et le champenois.

La limite linguistique essentielle entre les parlers d'oïl et d'oc est celle fixée par le traitement de [k] suivi de [a] en latin : le latin cam(m)inus donne, dans les parlers d'oc, cami(n) (le [k] se maintient) ; dans les parlers d'oïl, il a donné chamin (le [k] se palatalise), chemin en français. Dans le même ordre d'idées, on trouvera des Carrières en Provence et des Charrières en langue d'oïl… c'est-à-dire des " chemins de char ".

L'aire que recouvre le franc-comtois s'étend en France sur les départements de la Haute-Saône (nord et ouest), du Territoire-de-Belfort, du Doubs (nord) et d'une partie du Jura; elle se prolonge en Suisse dans le canton du Jura et dans la partie francophone du canton de Berne. Le domaine franc-comtois est limité au Sud par l'aire des parlers franco-provençaux, bourguignons à l'ouest et lorrains au nord. Le[k] suivi de [a] donne tch- ou ch- : au latin cam(m)inus correspond le franc-comtois tchemi, et les Charrières sont nombreuses en Franche-Comté comme dans ses régions limitrophes (voir ce mot dans le glossaire). Le franc-comtois a quelques traits communs avec ses voisins et notamment le bourguignon. On trouvera ainsi le mot Treige en Franche-Comté comme en Bourgogne.

Les parlers wallons ne se trouvent pas seulement en Belgique : ils recouvrent en France une petite aire formée par la pointe nord du département des Ardennes avec les villes de Givet et de Fumay ; l'aire principale du wallon est située en Wallonie, c'est-à-dire dans les provinces belges francophones du Luxembourg, de Namur, de Liège (provinces dans lesquelles le wallon est encore parlé par environ 20% de la population), du Hainaut et du Brabant Wallon (vous référer à la carte de Belgique si vous vous sentez perdus !). C'est pourquoi on peut trouver le mot Tienne aussi bien en Belgique que dans les Ardennes. Une particularité lexicale concerne le nombre important d'emprunts à des parlers germaniques, flamand et allemand, que l'on retrouve dans le français régional de Belgique. Le terme Drève, présent dans le Nord de la France et en Belgique francophone, est directement issu du néerlandais.

Le picard a gardé, comme le normand, le lorrain et le wallon, des traits germaniques. L'aire sur laquelle ils s'étendent ne coïncide que partiellement avec celle des actuelles régions de Picardie et Nord-Pas-de-Calais : ils couvrent le département du Nord, excepté la zone de langue flamande, et comptent le rouchi et le " lillois ", celui du Pas-de-Calais (départements dans lesquels les parlers picards sont appelés le chtimi), ceux de la Somme (avec un débordement sur le département de la Seine-Maritime) et de l'Aisne.

Les parlers picards se prolongent en Belgique dans le Hainaut autour de Tournai et dans le Borinage. Les parlers picards forment avec les parlers normands, avec lesquels ils partagent certains traits linguistiques, l'ensemble normanno-picard. Linguistiquement, les parlers normands sont séparés par ce que l'on nomme la ligne Joret (du nom du linguiste Charles Joret qui l'a décrite), qui va d'Avranches (Manche) à Vernon (Eure) : au nord de cette ligne, le [k] devant [a] se maintient, au sud, il se palatalise : au français chaud correspond cauo en Seine-Maritime et châ dans la région de Caen. Le parler des îles anglo-normandes de Jersey, Guernesey et Sercq fait partie des dialectes au nord de cette ligne (je me permets de vous recommander ce site Web (presque) entièrement en parler " jerriais " pour tout savoir sur le sujet - vous y trouverez également des photos de plaques de rues).

On distingue les parlers hauts normands (Eure, Seine-Maritime) des parlers bas normands (Manche, Orne, Calvados). Cette distinction géographique reflète une réalité historique : la Haute-Normandie subit l'influence des Vikings, tandis que la Basse-Normandie est plus " gallo-romanisée ". La Cavée est une spécialité normano-picarde. Quant à Voyeu et Voyette, ce sont des termes typiques du Nord de la France et de Picardie.

Le poitevin-saintongeais [qui s'étend sur une aire comprenant les anciennes provinces de l'Angoumois, de l'Aunis, de la Saintonge, du Bas-Poitou (partie ouest du domaine) et du Haut-Poitou (partie est), ce qui correspond aux départements de la Charente (partie nord-ouest, le reste étant occitan), de la Charente-Maritime (Aunis et Saintonge), des Deux-Sèvres et de la Vienne (Haut-Poitou) et enfin de la Vendée (Bas-Poitou] est un des parlers les plus représentés dans notre étude avec des termes tels que Raise, Quéreux, Bié, Carroi, Canton, Layon, Charrau(d)

La langue d'oc ou occitan :

L'occitan est une langue romane à laquelle est rattaché le catalan et comprenant l'ensemble des parlers gallo-romans du sud de la France dont certains ont des ramifications hors du territoire français (Piémont en Italie et Val d'Aran en Espagne). Elle s'étend sur 33 départements français et on évalue à environ 2 millions le nombre de locuteurs des parlers occitans en France. La limite actuelle du domaine occitan, fixée depuis le Moyen Âge, se situe au-dessous d'une ligne allant de la Gironde aux Alpes, englobant les hauts plateaux du Limousin, le Massif Central et traversant le Rhône entre Valence et Vienne pour aller se perdre dans les Alpes vers Briançon. Linguistiquement, ces parlers sont divisés en trois groupes :
- le nord-occitan comprenant le limousin, l'auvergnat et le vivaro-alpin ou provençal alpin, qui s'étend de l'Ardèche aux vallées piémontaises,
- l'occitan moyen ou méridional avec le languedocien et le provençal,
- le gascon.

Bordés au nord par les parlers de langue d'oïl et à l'est par les parlers franco-provençaux, les parlers occitans s'étendaient, avant le XIème siècle, de l'embouchure de la Loire (les parlers du Poitou et de la Saintonge gardent encore dans leur lexique des traces de cette ancienne appartenance) jusqu'aux Vosges méridionales. La frontière entre nord-occitan et occitan méridional correspond au résultat de /K/ et /G/ devant /a/ : je vous rappelle le cami(n) déjà cité dans la partie consacrée au français d'oïl…

Le provençal est le parler occitan le plus représenté dans notre étude. Le terme de provençal désigne également l'ensemble des parlers occitans et celui d'ancien provençal, la langue occitane écrite avant 1500. On lui préfère généralement le terme d'occitan et d'ancien occitan pour lever l'ambiguïté avec le sens plus restreint de dialecte particulier de l'occitan. Le provençal et le français régional d'occitanie sont restés plus vivaces grâce au travail d'écrivains qui ont contribué à les diffuser (Daudet, Pagnol, Giono, Bosco…).

On distingue généralement quatre sous-dialectes :
- le rhodanien (dialecte de l'écrivain Frédéric Mistral), qui recouvre une aire s'étendant sur le département du Vaucluse, le nord des Bouches-du-Rhône et le pays d'Arles (il comprend donc le marseillais) ;
- le dialecte maritime, sur la frange méditerranéenne des Bouches-du-Rhône, le département du Var et à l'ouest du département des Alpes-Maritimes ;
- le provençal alpin ou gavot qui fait partie du groupe nord-occitan et est parlé dans les Alpes provençales et quelques hautes vallées italiennes ;
- le niçois ou nissart de Nice et sa région. L'entité que forme le parler nissart est due au fait que Nice et le comté de Nice n'ont plus fait partie de la Provence entre 1388 et 1860.

Nous donnons l'équivalent en provençal pour la plupart des termes que l'on rencontre dans les départements susnommés : Draille/Drayo, Andrône/Androuno, Carraire/Carrairo, Calade/Calada, Escourche/Escourcho… quand nous ne donnons pas le terme directement en provençal (ex. : Carreïou, Plaço(t)) quand ces mots ne possèdent pas de traduction directe en français. On voit que le français a emprunté de nombreux mots au provençal pour se les approprier, en toponymie comme pour d'autres domaines…

- Catalan :

C'est une langue romane rattachée au groupe occitan et parlée par près de 6 millions de locuteurs. Le catalan est parlé principalement en Catalogne, à Valence (Espagne) et aux Baléares (plus de 5 millions de locuteurs), en Andorre (environ 30 000 locuteurs) où il est la seule langue officielle de l'État, ainsi qu'en France dans le Roussillon (près de 260 000 locuteurs). La ville d'Alghero en Sardaigne, ancienne possession de la Catalogne, est également aujourd'hui encore catalanophone. Le dernier recensement mené en 1998 note une croissance d'environ 3% du nombre de locuteurs de cette langue par rapport à 1991.

Si le catalan écrit est menacé d'extinction au début du XVIIIème siècle, la langue parlée continue à être adoptée comme langue vernaculaire. Cette survie lui permet de connaître au XIXème siècle une renaissance tout d'abord factice (elle est déclarée, pendant les guerres napoléoniennes, langue officielle avec le français), ce qui réveille toutefois le nationalisme linguistique, puis réelle, grâce au mouvement romantique qui met au goût du jour les langues vernaculaires et la poésie des troubadours. Cette renaissance linguistique et culturelle mène au début du XXème siècle à des travaux de normalisation et de standardisation de la langue, tentative interrompue à l'époque franquiste en Espagne ; ces travaux sont ensuite continués avec le rétablissement en 1977 de la " Generalitat de Catalunya " côté espagnol et la mise en place d'une politique linguistique.

Les toponymes catalans sur le sol français, circonscrits au seul département des Pyrénées-Orientales, n'ont pas connu cette standardisation. C'est pour cette raison que des archaïsmes comme Atzucac persistent en France mais pas de l'autre côté des Pyrénées. On trouve bien sûr en Roussillon des mots bien plus courants comme Plaça, Carrer ou Carretera qui lui n'est pas catalan mais espagnol (castillan).

Le franco-provençal :

Il s'agit de l'ensemble de parlers gallo-romans qui recouvrent une aire s'étendant dans le sud-est de la France autour de Lyon jusqu'à Genève et Neuchâtel en Suisse. Cette aire s'étend, en France, sur les départements de la Loire, du Rhône, de l'Ain (pays de Vaux, de la Bresse, du Bugey et des Dombes), de l'Isère (sauf le Sud-Est qui appartient aux dialectes occitans dauphinois ou vivaro-alpins), de la Savoie et de la Haute-Savoie, du Doubs (quelques villages) ainsi qu'une partie du Jura ; en Suisse, elle recouvre le domaine de la Suisse romande excepté le Jura bernois (dont le parler est rattaché au franc-comtois) et, en Italie, le Val d'Aoste et le Val Soana.

On distingue différentes variantes dans ce groupe :
- le valdôtain,
- le savoyard (Haute-Savoie, Savoie, Ain; genevois en Suisse),
- le lyonnais (Rhône, Loire avec le forézien et le stéphanois),
- le dauphinois (Haut-Dauphiné, département de l'Isère),
- le vaudois, le valaisan, le fribourgeois, en Suisse romande.

L'aire du franco-provençal coïncide avec l'ancien territoire occupé par les Burgondes, peuplade germanique qui envahit le sud-est de la Gaule au milieu du Vème siècle où le latin s'est différencié très tôt (VIIème siècle).

Les dialectes franco-provençaux ne sont plus parlés sauf dans le Val d'Aoste, dans quelques endroits du Valais en Suisse et dans quelques villages de l'Isère et de la Savoie. Ils se distinguent par des traits communs à l'occitan d'un côté, au français d'oïl de l'autre. Le français régional de Suisse, le suisse romand, le français régional du Lyonnais et de la région de Grenoble présentent quelques franco-provençalismes.

L'influence de Lyon, résidence des empereurs romains, grande plaque tournante au Moyen Âge, centre économique européen au XVème siècle, centre intellectuel au XVIème siècle, métropole européenne aujourd'hui, s'est toujours fait sentir. Le mot Traboule, tout en renvoyant à une réalité presque exclusivement lyonnaise et reconnu comme du français régional de Lyon, connaît une diffusion bien plus vaste. Vie, Grapillon sont également des termes franco-provençaux.

Le corse :

Le corse est un dialecte roman du sous-groupe italien, parlé en Corse mais aussi dans des communautés corses du Canada, de Porto Rico, des États-Unis, d'Amérique du Sud (Bolivie, Uruguay) et en Italie. Le nombre total de locuteurs de ce dialecte s'élèverait à peu près à 340 000 dont environ 280 000 (chiffre de 1993) en Corse même. Il est composé de trois variantes dialectales principales : le corse du Nord ou lingua suprana, le corse central ou lingua mizana et le corse du Sud ou lingua suttana.

Fortement romanisé, ce qui sera le corse a connu l'apport de dialectes italiens, comme le toscan (la Corse a appartenu à Pise de 1077 à 1284) puis le gênois (l'île a été rattachée à Gênes de 1284 à 1769). En raison des liens étroits entre corse et italien, on ne s'étonnera pas de croiser des mots comme Strada et Piazza dans l'île à côté de vocables authentiquement corses tels que Stretta, Falata, Chiassu.

Pour rédiger cet aperçu de la France et de la Wallonie dialectales, je me suis très largement référée aux notices sur les langues du monde du Petit Robert (version CD-ROM) dont j'ai repris les grandes lignes pour l'exactitude et la clarté des détails. Tout en adaptant ces notices, j'y ai ajouté des remarques plus directement liées à notre étude, fruit de mes recherches personnelles ou savoir acquis lors de mes études ou dans le cadre de mon travail. Des remarques, des réflexions, des réactions, des précisions à apporter ? Ecrivez-moi, écrivez-nous… Valérie Habracken


Copyright Frédéric Wronecki et Valérie Habracken