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La biographie d'Henri IV


On lira avec profit l'ouvrage dont s'inspire, pour une grande part, cette biographie :
BABELON (Jean-Pierre). Henri IV. Paris : Fayard.

 
  • Introduction
  • Naissance et petite enfance (1553-1561)
  • Premier séjour de Henri à la Cour de France (1562-1566)
  • Henri, chef des protestants, roi de Navarre (1567-1576)
  • L'accession à la Couronne de France (1576-1589)
  • La conquête du trône (1589-1594)
  • Les premières années : la guerre espagnole (1595-1598)
  • L'Edit de Nantes (avril 1598)
  • Le remariage du roi (1600)
  • La restauration de la monarchie
  • La fin des complots ?
  • La recherche de l'équilibre européen
  • La succession de Clèves et Juliers
  • Pour revenir au sommet de la page, yakakliké sur les flèches qui changent de couleur. C'est pas difficile...

    Introduction Avant de commencer, un petit tour d'horizon de la situation en 1553. (Voir également la page Au même moment..., qui présente la liste des Papes et souverains d'Europe à la même époque).

    François Ier est mort en 1547, laissant le trône de France à Henri II, époux de Catherine de Médicis. Jusqu'en 1559, Henri II devra affronter, comme son père, Charles Quint, puis Philippe II d'Espagne et l'Empereur Ferdinand Ier. A l'intérieur du royaume, la Réforme protestante est introduite par Calvin. En d'autres termes, la France se divise religieusement, donc politiquement.

    La France sur laquelle il règne n'est territorialement pas celle d'aujourd'hui. Notamment, une grande partie du sud-ouest n'appartient pas au Domaine royal ; la Navarre et le Béarn ne sont pas terres françaises, et l'expression "de France et de Navarre" qui nous semble désormais redondante, ne se trouvera dans les textes officiels qu'à partir du moment où Henri, roi de Navarre, deviendra roi de France, le quatrième du nom.

    A l'époque qui nous concerne, celui qui règne sur la région est Henri d'Albret. Ce dernier est l'époux de la propre soeur de François Ier, à savoir Marguerite d'Angoulême. Mais c'est leur fille, Jeanne III d'Albret (1528-1572), qui nous intéresse. Elle épouse en effet celui par qui les Bourbons arriveront sur le trône de France, Antoine de Bourbon (1518-1562), duc de Vendôme depuis 1537.

    Le couple aura deux enfants, Catherine de Lorraine et... Henri (vous ne l'auriez pas deviné).

     

    Naissance et petite enfance de Henri C'est le 13 décembre 1553 que naît Henri.

    Il est baptisé le 6 mars 1554, dans la religion catholique.

    En 1555, Henri d'Albret meurt, laissant le trône de Navarre à Antoine et Jeanne. Henri, à deux ans, devient prince de Navarre.

    En 1557, le 12 février, ses parents le conduisent à la Cour de France, où il est présenté à Henri II et Catherine de Médicis. De 1555 à 1560, pour faire bref, nous dirons qu'il reçoit une éducation de petit campagnard, jouant avec les enfants du village aux jeux de son âge.

    Alors que le trône de France voit se succéder deux rois en un an, à la mort de Henri II, Henri atteint l'âge de raison, et passe sous la tutelle des hommes (après celle des femmes : mère, nourrices...). Il est confié au gouverneur Charles Beaumanoir de Lavardin. Ses parents, accueillant favorablement la Réforme, lui donnent un précepteur protestant.

    La même année, à Noël, Jeanne d'Albret annonce publiquement sa conversion aux thèses calvinistes. C'est pour les catholiques du Béarn le début de la fin. Elle y instaure un régime des plus sévères (la tolérance n'est pas dans l'air du temps), et interdit le catholicisme dans ses terres.

    Le 21 août 1561, Jeanne d'Albret rejoint avec ses deux enfants son mari, Antoine de Bourbon-Vendôme, à la Cour de France. Elle y débarque avec plusieurs pasteurs, et Catherine de Médicis, dans un souci de conciliation, laisse prêcher en pleine Cour, à Saint-Germain.

    Premier séjour de Henri à la Cour de France Le massacre de Wassy de 1562 marque le début des guerres de religion en France. Jeanne d'Albret doit retourner en Béarn, avec sa fille, tandis que Henri reste à la Cour, et devient le compagnon de jeu du roi et de ses frères.

    Son père, Antoine de Bourbon-Vendôme, revient au catholicisme, et obtient de lui le serment de garder la foi catholique (1er juin). Mais il meurt au siège de Rouen la même année, et Jeanne d'Albret reprend la direction de l'éducation de son fils ; elle s'empresse, naturellement, de lui faire donner un gouverneur protestant (La Gaucherie).

    Henri étudie alors au collège de Navarre. Il apprend également à monter à cheval, ainsi qu'à tirer...

    De 1564 à 1566, Henri participe au tour de France de la Cour (organisé par Catherine de Médicis pour montrer l'unité de la Cour au pays déchiré). C'est pour lui une fort profitable leçon de choses autant que de géographie.

    Sa mère rejoint en cours de route le cortège, et le suit jusqu'à Paris. Là, elle obtient du roi une permission de quitter temporairement la Cour, mais en profite pour fuir avec son fils, qui revient en Béarn.

    Henri, chef des protestants, roi de Navarre En 1568, des révoltes catholiques en Béarn permettent à Henri de vivre sa première campagne. C'est l'amiral Gaspard de Coligny qui fait son éducation militaire.

    Mais l'année suivante, à la bataille de Jarnac, Louis, prince de Condé, est tué en voulant se rendre (donc, "traîtreusement" ; d'où, au passage, l'expression "coup de Jarnac"). Henri, à 15 ans, devient le chef des protestants.

    Alors qu'en 1570, la paix de Saint-Germain-en-Laye vient s'ajouter à la litanie des édits de paix des guerres de religion, Catherine de Médicis et Jeanne d'Albret négocient le mariage de Henri et Marguerite de Valois (la reine Margot), soeur du roi.

    A la mort de sa mère, le 9 juin 1572 Henri devient roi de Navarre.

    Le 18 août 1572, est célébré le mariage de Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Le consentement des époux est reçu... sur le parvis de Notre-Dame, puis Henri mène sa femme dans le choeur... et ressort aussitôt (protestant, il n'assiste pas à sa messe de mariage..). Le 24 août, c'est le massacre de la Saint-Barthélémy. Henri de Navarre et Henri de Condé n'en réchappent que grâce à la protection d'un roi un peu dépassé par les événements, et qui leur demande, le 16 août, d'abjurer.

    Henri de Navarre est retenu à la Cour de France ; il essaie de s'en échapper plusieurs fois, sans y parvenir, tandis que le 30 mai 1574 Charles IX expire, laissant le trône à son frère Henri III.

    En 1576, Henri de Navarre profite d'une chasse à Senlis pour fuir, et se retrouve dans ses terres.

    L'accession à la Couronne de France Son premier coup d'éclat est de revenir au protestantisme, en arguant du fait que sa dernière abjuration lui a été arrachée sous la menace (ce qui n'est pas complètement faux).

    Il reprend en main sa Navarre, et sa femme, Marguerite, vient l'y retrouver. C'est la "belle époque" de la Cour de Navarre, qui séjourne tranquillement, à Pau puis Nérac.

    La guerre, qui a repris en 1580, aboutit à la paix de Fleix. Henri, à cette occasion, mécontente les protestants (il ne perd pas de vue qu'il peut être amené à gouverner la France, même s'il n'est toujours pas héritier de la couronne - le roi a encore un frère. Aussi tient-il à ménager certaines susceptibilités), et subit des premiers attentats contre sa personne (il y en aura toute sa vie, par la suite. Jusqu'au dernier, celui de Ravaillac...).

    En 1582, Marguerite repart à Paris (il faut dire que les relations conjugales ne sont pas des plus sereines). Henri, à Pau, rencontre Diane d'Andoin, dite "Corisande".

    Le 11 juin 1584 est une date capitale. Monsieur, frère du roi, meurt, abandonnant l'hérédité du trône à Henri de Navarre. Les données du problème s'en trouvent bien évidemment bouleversées.

    Car on n'imagnie pas un hérétique gouvernant la fille aînée de l'Eglise. Pour parer à cette situation, une Ligue se forme en 1585, et le dépossède de son droit de succession, le 18 juillet. Casus belli. Henri de Navarre, pour reconquérir ses droits légitimes, délaissé par Henri III qui n'a pu l'amener à abjurer, mène la guerre du Poitou. Il y remporte sa première grande victoire, Coutras, sur le duc de Joyeuse. Il retourne à Nérac et passe son dernier séjour avec Corisande.

    Tout se précipite lorsqu'en 1588, Henri III, se sentant menacé par la Ligue (qui sous des dehors "religieux" n'est qu'un nouvel agrégat d'intriguants politiques, menés par les princes du sang qui voudraient pouvoir gouverner le pays), fait entrer dans Paris des gardes suisses (reconnus comme les meilleurs soldats du temps).

    Le 12 mai, des barricades se dressent dans la ville. Le lendemain 13 mai 1588, le roi est contraint à la fuite. Le 21 août, il doit reconnaître officiellement la Ligue. Aux Etats Généraux de Blois, la majorité des députés sont ligueurs. Les protestants, voyant le danger, s'assemblent à La Rochelle.

    Henri III fait assassiner les Guise (grands intriguants devant l'Eternel. Mais puissants ; la solution, radicale, n'était peut-être pas pertinente pour autant). Catherine de Médicis meurt le 5 janvier 1589.

    Henri III est obligé de s'allier à Henri de Navarre pour reconquérir Paris (ville ligueuse). Ils se rejoignent à Plessy-lès-Tours, le 30 avril 1589. Alors que le roi apprend son excommunication, les alliés marchent sur Paris.

    Le 1er août 1589, un dominicain fanatique, Jacques Clément, assassine Henri III (pour le compte de la Ligue, furieuse que le roi se soit allié à un protestant).

    Henri de Navarre devient Henri IV, "par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre".

    La conquête du trône Henri IV est donc roi. Du moins, en a-t-il le titre. Car toute une partie de la France est contre lui, de grands princes refusent de le reconnaître et, pire, Paris lui ferme ses portes. (Comme dirait Lebrac dans Gaston Lagaffe, il n'est pas sorti de l'aubergine ;-)).

    Il commence par s'éloigner de Paris, affaibli par la défection de plusieurs princes (et de leurs armées). Il affronte le duc de Mayenne (chef de la Ligue) à Arques, puis tente à nouveau de prendre Paris. Il repart à Tours, reconstitue ses forces, et conquiert la région, battant de nouveau le duc de Mayenne à Ivry (auj. Ivry-la-Bataille). Puis il assiège Paris, qui souffre particulièrement en août 1590. Il doit lever le siège le 30 août, parce que Mayenne arrive avec des renforts espagnols, depuis les Pays-Bas.

    Après des négociations entre Mayenne et Henri IV, le roi, le 4 avril 1592, promet de s'instruire dans la religion catholique.

    En janvier 1593, la Ligue réunit des Etats-GénérauxPhilippe II d'Espagne essaie de faire donner la couronne à sa fille, l'infante Claire-Eugénie-Isabelle, mais les ligueurs se détournent de lui.

    Les conférences de Suresnes s'ouvrent le 29 avril. Le 16 mai, le roi annonce son intention de se convertir.

    Le 25 juillet 1593, Henri IV abjure le protestantisme à Saint-Denis. Il gagne des ralliements en série, mais, en contrepartie, provoque l'inquiétude des protestants sans que la Ligue ne se dissolve. Toutefois, début 1594, le clergé lui est à peu près acquis.

    Ce n'est pas à Reims, qui, ligueuse, lui refuse l'entrée, mais à Chartres qu'est sacré Henri IV, le 27 février 1594. Son sacre lui rallie les derniers opposants. Paris lui ouvre enfin ses portes, le 22 mars, et l'acclame. Les princes ligueurs négocient leur reddition (comprenez que ce qu'ils négocient, c'est le montant des subsides qui achèteront leur obéissance).

    Les premières années : la guerre espagnole Il faut là bien se représenter le contexte. Depuis 1652, le royaume est dans un désordre intérieur à peu près complet. Une bonne partie, même malgré le sacre d'Henri IV, a pris durant ces années des habitudes de liberté et d'indépendance à l'égard du pouvoir central, auxquelles il est dur de renoncer.

    Aussi Henri IV décide-t-il de déclarer la guerre à l'Espagne, le 17 janvier 1595. Il peut ainsi cimenter l'unité de la France (autour d'un ennemi commun), tout en se vengeant de Philippe II (dont les prétentions sur le trône, qu'il désirait pour sa fille, n'étaient pas voilées), et en élargissant un peu plus les frontières.

    Il attaque, en Bourgogne et en Franche-Comté (espagnoles), et prend Vesoul. L'Espagne s'allie au duc de Mayenne (toujours le même), et s'empare de Dijon. Mais Henri IV défait les troupes espagnoles, à Fontaine-Française, le 5 juin 1595. De ce côté là, le front se stabilise assez rapidement.

    Au nord, la présence des tercios, redoutables troupes d'élite espagnoles, rend plus difficile la situation des Français. Les tercios prennent par exemple Doullens, Cambrai, Calais (1596), et, par surprise, Amiens (11 mars 1597), repris le 25 septembre.

    Mais la position de Henri IV est délicate : il manque de liquidités (le nerf de la guerre, c'est bien connu). Pour créer un nouvel impôt, il lui faut normalement convoquer les Etats-Généraux ; dans l'urgence, et pour éviter les ennuis que ne manquerait pas de lui causer cette assemblée, il rassemble à Rouen des "Notables" qui, flattés d'être convoqués avec ce titre, s'empressent de lui accorder ce qu'il désire.

    En face, parallèlement, l'Espagne est épuisée : après plusieurs défaites maritimes (en 1588, son "Invincible Armada" a été décimée), elle a fait banqueroute en 1596.

    Faute de combattants vaillants, les négociations s'ouvrent et aboutissent à la paix de Vervins, du 2 mai 1598. Ceci dit, la guerre ne s'arrêtera pas complètement à cette date, le duc de Savoie (pro-Espagne) continuant de guerroyer jusqu'en 1601 (traité de Lyon, 17 janvier : la France obtient la Bresse et le Bugey - Lyon cesse d'être une place frontière).

    L'Edit de Nantes : 13 avril 1598 Nous avons vu Henri IV passer à plus d'une reprise d'une confession à une autre. On pourrait penser qu'il en changeait par politique plus que par conviction. Il n'en est rien, et Henri IV a cette particularité d'avoir été sincère dans les deux, successivement.

    Quoiqu'il en soit, il est officiellement catholique depuis 1593, et il a même reçu l'absolution du pape le 17 septembre 1595. C'est-à-dire que, vu du côté protestant, il est un apostat ; d'où l'inquiétude des Huguenots, augmentée par le fait que pour obtenir la soumission de certaines villes ligueuses, il a été contraint d'interdir le culte (protestant) localement. Alors qu'eux-mêmes attendent des récompenses pour l'aide qu'ils ont fournie (contre la Ligue).

    Ils renforcent leur organisation au cours de l'Assemblée de Sainte-Foy, en mai 1594, puis se réunissent à Saumur en février 1595, réclamant l'égalité civile, des chambres mi-parties (avec autant de magistrats protestants que de catholiques, pour être jugés plus impartialement), des places de sûreté...

    Ces demandes, exorbitantes, n'étant pas contentées, ils refusent de servir contre l'Espagne et fomentent un début de guerre civile. Henri IV accepte de négocier, et promulgue le 13 avril 1598 l'Edit de Nantes, qui leur donne la liberté de conscience, une liberté de culte relativement limitée, l'égalité civile, des chambres mi-parties et des places de sûreté.

    Pis-aller pour chacun des deux camps, l'un le trouvant trop libéral, l'autre pas assez, ce texte n'est pas vraiment accepté. Son enregistrement pose de multiples difficultés. Après nombre de remontrances, le Parlement de Paris finit par l'enregistrer le 25 février 1599 ; mais celui de Rouen ne s'y résoudra qu'en 1609.

    Cet édit, en tout état de cause, instaure en France un régime parfaitement inédit, assez unique en Europe, celui de la cohabitation de deux religions également reconnues. (Ce fut le cas en Pologne, avant la reconquête catholique).

    Les protestants se soumettent et les synodes nationaux qu'ils réunissent en 1601 (Jargeau), 1603 (Gap), 1604 (Vendôme), 1607 (La Rochelle), ou 1609 (Saint-Maixent) se passent sans heurts.

    Parallèlement, Henri IV finit de reconquérir les bonnes grâces de Rome. Les jésuites, expulsés en 1594 (accusés d'avoir incité un certain Chastel à attenter à la personne d'Henri IV), sont autorisés à revenir en 1603Il remet de l'ordre dans la nomination du clergé (le Concordat de Bologne (1516) lui reconnaît le droit de nommer les évêques, abbés..., le Pape ne leur donnant plus que leur pouvoir spirituel) et donne une nouvelle impulsion à la Réforme Catholique, ouvrant le "siècle des Saints".

    Le remariage du roi Nous avons évoqué à plusieurs reprises les amours d'Henri IV. Marié à la reine Margot, il ne vit pas avec elle, multipliant les relations extra-conjugales. A partir de 1591, la favorite est la fameuse Gabrielle d'Estrées.

    Parallèlement, Marguerite de Valois n'est toujours pas mère. Le couple, ne s'entendant pas, a entamé la procédure d'annulation de mariage. Henri IV a même pensé, un moment, épouser Gabrielle. La mort de cette dernière, à Pâques 1599, vient mettre fin à ce projet un peu fou. Henri IV choisit alors la fille du Grand Duc de Toscane, Marie de Médicis.

    Plusieurs raisons à ce choix. D'abord, elle est catholique ; cette union contentera donc tant les catholiques de France que les puissances catholiques d'Europe. Ensuite, et surtout, la dot pourra rembourser en partie la dette (énorme) contractée envers la Toscane.

    Le mariage Henri IV-Marguerite de Valois est annulé le 24 octobre 1599. Peu après, Henri IV fait connaissance de sa future... maîtresse attitrée, Henriette d'Entragues. Son remariage avec Marie de Médicis est célébré le 5 octobre 1600, et porte ses fruits l'année suivante, avec la naissace du Dauphin, le 27 octobre 1601. (Et le premier enfant d'Henriette d'Entragues naîtra quelques semaines plus tard...).

    La restauration de la monarchie La paix, civile et extérieure, revenue, Henri IV s'emploie à reprendre l'oeuvre de renforcement de la monarchie, amorcée sous Philippe IV le Bel (1285-1314), continuée par François Ier, et qui atteindra son paroxysme avec Louis XIV. Il écrit ainsi à Jacques Ier cette phrase : "Un roi n'est responsable qu'à Dieu seul et à sa conscience".

    Grand ménage de printemps au Conseil du Roi (ou Conseil privé et des parties, ou encore Conseil d'Etat et des Finances. La différenciation en plusieurs conseils se fera au cours du XVIIème, notamment à partir de Louis XIV) : de nombreux Grands avaient profité des troubles pour s'y faire admettre et il était devenu ingérable.

    Henri IV réduit le nombre de conseillers à 12, qu'il choisit lui-même. De même pour ses ministres, qu'il connait personnellement, et qui sont assurés de la pleine confiance du roi. Tout le monde connait le principal, Sully. Les 4 Secrétaires d'Etat (chargés de traiter les dépêches en provenance de chacun des 4 quarts géographiques du pays, et, de plus en plus, d'un domaine particulier : affaires étrangères pour Villeroy, par exemple) sont egalement désignés par Henri IV.

    Dans le même sens, il affaiblit l'autorité des gouverneurs en diminuant l'étendue géographique de leurs pouvoirs (donc, en augmentant leur nombre de 12 à 25). Il les nomme lui-même et leur assigne de surcroît un "lieutenant du roi" pour les "aider" (ou les surveiller, c'est selon...).

    Il multiplie les missions d'enquête et d'inspection des "maîtres des requêtes en chevauchée" (ceux qui deviendront les intendants du Roi-Solei), ne convoque pas une seule fois les Etats-Généraux et parvient à contrôler les Etats-Provinciaux, ainsi que les institutions municipales.

    La fin des complots ? A plusieurs reprises, Henri IV a été victime d'attentats. Son sacre, qui, rappelons-le, lui a rallié la majeure partie du royaume, ne l'a pourtant pas mis à l'abri des comploteurs.

    Il doit subir le mécontentement de nombreux nobles qui ne se sentent pas suffisamment récompensés pour les services qu'ils lui ont rendu (pour conquérir son trône). C'est notamment le cas de Biron, un de ses plus vieux compagnons d'armes, qui entre dans une conspiration. Henri IV lui accorde sa grâce une première fois, en raison de leur vieille amitié, mais Biron récidivant, il doit se résigner à le faire condamner.

    En 1604-1605, c'est Henriette d'Entragues en personne qui est au coeur d'un nouveau complot. Elle parvient même à faire abolir en partie les peines prononcées.

    Mais, à partir de 1606, les complots se tarissent, et les attentats s'interrompent (On ne peut dire qu'ils s'arrêtent, quand on sait comment il est mort...). La cour retrouve une certaine sérénité et se sédentarise autour du roi vieillissant (quoiqu'en pleine santé).

    La recherche de l'équilibre en Europe Sur le plan extérieur, Henri IV fait preuve de souplesse d'esprit, ce qui lui vaut de conserver ses alliances protestantes (notamment avec l'Angleterre,...) contre le Habsbourg, tout en recouvrant les bonnes grâces de Rome.

    Il sait ne pas s'aligner, et projette de marier ses enfants aux différents princes d'Europe. (Mais les "mariages espagnols" : Louis-Anne d'Autriche & Elisabeth-Philippe IV seront décidés en 1612 par la régente, Marie de Médicis).

    Plusieurs fois, il intervient en Europe afin d'y maintenir un équilibre pacifique.

    La succession de Clèves et Juliers Clèves et Juliers sont deux petits duchés allemands. Le problème vient de l'absence d'héritier direct quand, en 1609, ils se retrouvent vacants. Comme toujours lorsqu'il n'y a pas d'héritier direct, les prétendants se multiplient. L'un est soutenu par la France.

    En effet, Henri IV, désireux d'affaiblir l'Empereur par des guerres civiles, pousse à la guerre une alliance de princes protestants, (à la tête desquels l'Electeur palatin, Frédéric IV), formée en 1608, l'Union Evangélique. (Des princes catholiques, autour de duc de Bavière, ont formé en réaction la Sainte-Ligue). (Ce sont là les prémices de la Guerre de Trente Ans, 1618-1648).

    Henri IV lui-même entame ses préparatifs afin de se joindre à la guerre, dans l'impopularité la plus complète. (Henri IV, quoiqu'en dise la légende, a été un des rois les plus détestés de son vivant de l'histoire de France ; assassine-t-on un dirigeant apprécié ?).

    Le 13 avril 1610, Marie de Médicis obtient d'être couronnée pour assurer la régence en l'absence du roi. Henri IV, qui n'a pas une confiance extraordinaire dans les capacités politiques de sa femme, prépare un système permettant à un conseil, formé de ses fidèles conseillers, d'assumer la réalité du pouvoir.

    Et c'est alors que sont brutalement interrompus les préparatifs de guerre, mais aussi toute l'oeuvre de reconstruction engagée par "le bon roi Henri", par François Ravaillac, le 14 mai 1610. (Ravaillac dira avoir agi seul). Le dauphin devient Louis XIII, et Marie de Médicis se rend au Parlement de Paris pour faire casser le testament de feu son époux, et se fait nommer Régente.

    Et voilà.... Henri IV est mort. Rapidement, ses ministres vont devoir passer la main (Sully part en 1611) ou renoncer à sa politique (comme Villeroy), tandis que la Régente se laisse influencer par diverses autres personnes (le Nonce, le Père Coton, ancien confesseur (Jésuite) du roi, et surtout sa soeur de lait Leonora Galigaï, femme d'un aventurier italien ambitieux, Concino Concini), mécontentant les princes qui reprennent leurs intrigues.

    Le pays entre donc de nouveau dans une période troublée ; celle d'Henri IV apparaît alors, par comparaison, une sorte de paradis perdu. C'est alors que prend naissance la légende du "bon roi Henri", admirablement exploitée par l'enseignemement primaire, avec tous les clichés qu'elle comporte, et dont j'ai -très modestement- essayé de vous montrer la réalité.

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    Marie-Hélène Wronecki