... GALANTS
: épigramme, blason, madrigalépigramme
Je
mourrais de trop de désir
Si je la trouve inexorable ;
Je mourrais de trop de plaisir
Si je la trouve favorable.
Ainsi, je ne saurais guérir
De la douleur qui me possède ;
Je suis assuré de périr
Par le mal ou par le remède.
(BENSERADE)
blason
(description d'une partie précise du corps de la
femme aimée : généralement les yeux, la
bouche...)
Beaux
yeux dont l'atteinte profonde
Trouble des coeurs incessamment
Le doux repos, qui ne se fonde
Que sur un si doux mouvement ;
De
tout ce qu'on dit en aimant,
??
Beaux yeux, doux commencement
Des plus belles chansons du monde,
Beaux
yeux qui sur les coeurs avez
Tant de puissance et qui savez
Si bien jouer de la prunelle ;
Beaux
yeux, divin charme des sens,
Votre amour est en sentinelle
Pour attraper tous les passants.
(BENSERADE)
madrigal
Sur un
bracelet de pierreries gagné par Mademoiselle
Pour
bien faire éclater la flamme ambitieuse
Des illustres captifs de vos rares beautés,
Amour,
le roi des libertés,
Avec
sa main industrieuse
A changé chaque Amant en pierre précieuse.
Ainsi par de nouveaux et de brillants appas,
Ce
qu'autrefois ils n'osèrent prétendre,
De leur fière Princesse ils ont trouvé le
tendre
Et lui touchent le coeur aussi bien que le bras.
Autres formes
Par exemple un simple quatrain
Vous
cachez votre sein, mais vous montrez vos yeux,
Qui de tout vaincre
ont le beau privilège ;
N'est-ce pas me sauver du milieu de la neige
Pour m'exposer au
feu des cieux ?
.
... INGENIEUX :
ils ne sont rédigés que dans le cadre d'un amusement,
pour le plaisir de manipuler les mots et les
idées, et, surtout, pour montrer ses petits
talents. Rondeau,
énigme,
bouts rimés,
glose.
Rondeau
VOITURE s'est chargé de nous en tourner un
pour nous en montrer la forme :
Ma
foi, c'est fait de moi, car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau,
Cela me met en une peine extrême.
Quoi ! treize vers, huit en eau, cinq en ème
!
Je lui ferais aussi tantôt un bateau !
En
voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en huit, en invoquant Brodeau,
Et puis mettons, par quelque stragtagème,
Ma
foi, c'est fait !
Si je
pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant, je suis dedans l'onzième,
Et je crois que je fais le douzième.
En voilà treize ajustés au niveau :
Ma
foi, c'est fait !
l'énigme en vers
Elle se développe à partir de 1638.
A vous de deviner les objets de ces deux
énigmes (les deux sont de COTIN).
| Enigme 1) (Fastoooche !)
|
Mon corps est sans
couleur comme celui des eaux
Et selon la rencontre il change de figure
;
Je fais plus d'un trait que toute la
peinture
Et puis mieux qu'un Apelle animer mes
tableaux. Je donne des conseils
aux esprits les plus beaux
Et ne leur montre rien que la vérité
pure ;
J'enseigne sans parler autant que le jour
dure,
Et la nuit on vient me consulter aux
flambeaux.
Parmi les
curieux j'établis mon empire,
Je représente aux rois ce que l'on ose
leur dire,
Et je ne puis flatter ni mentir à la
cour.
Comme un
autre Pâris je juge les déesses,
Qui m'offrent leurs beautés, leurs
grâces, leurs richesses,
Et j'augmente souvent les charmes de
l'amour.
Vous n'avez
pas deviné ? Allons allons,
réfléchissez !
En désespoir de cause, cliquez ici...
|
| Enigme 2) (plus difficile,
celle-là)
|
(A la belle Iris) Plus ardent que le
feu, plus agité que l'onde,
Toujours vêtu de pourpre et toujours
couronné,
Le premier des vivants, d'esprits
environné,
Fait aujourd'hui la cour aux plus beaux
yeux du monde.
Du second
univers où son trône se fonde,
Il vous a, belle Iris, le trône
abandonné ;
Dans un palais de flamme il est
emprisonné
Par une loi du ciel que la vôtre
seconde.
Sans cesse
tourmenté par ses propres désirs,
Il mêle ses douleurs avecque ses
plaisirs,
Ce soupir échappé vous dit son
aventure.
Mais qu'il
est malaisé de le bien secourir !
Ce prince malheureux est de telle nature
Que si vous le voyez, vous le ferez
mourir.
Dur dur
!...
Il
s'agissait .....
|
Bouts rimés
Tout le monde connaît ce jeu qui consiste à écrire
un petit poème en utilisant des rimes données
d'avance... Quand en plus le thème lui-même est
imposé, ça se corse, comme dirait Napoléon (ou
certain préfet...). On a pourtant réussi à
inventer 25 sonnets sur la mort
du perroquet de Mme du
Plessis-Bellière. Evidemment..., la
qualité poétique n'est pas forcément au
rendez-vous... En voici un, de Loret :
Fût-on
profession de guerre ou de chicane,
Fût-on bien revêtu de robe ou de capot,
N'eût-on bu que chopine ou bien tout plein un
pot,
Fût-on pape, archevêque ou bien simple soutane,
Eût-on
l'entendement brillant et diaphane,
Ou noir et ténébreux comme un mur de
tripot,
Sût-on cabrioler et danser la Chabot,
Fût-on prudent ou sot, catholique ou profane,
Eût-on
des louis d'or plein un grand coquemar,
Fût-on plus élevé que n'est un
jacquemart,
Au clocher de Saint-Jean, Saint-Pierre ou
Sainte-Barbe,
Il
faut tous succomber sous le mortel débris,
Puisque ce perroquet, qui valait mieux qu'un
barbe,
N'a pu s'en exempter près d'un riche
lambris.
Si vous voulez vous y essayez,
je vous propose les rimes suivantes, données à
Cotin :
cruelle, poison, raison, criminelle, belle,
maison, prison, infidèle, moment, amant,
malheureuse, guéri, généreuse, mari.
glose : Moins
connue, il s'agit d'un exercice qui consiste à délayer
un poème antérieur, en rédigeant un
quatrain pour chacun des vers du poème initial.
.
... PSYCHOLOGIQUES : métamorphose, portrait
métamorphose :
Très en vogue à partir de 1640. La dame
aimée se transforme en un être ou un objet qui
correspond à ses qualités.
La
métamorphose de Julie en diamant
(Julie, fille de Mme de Rambouillet ;
texte écrit par MONTAUSIER, son prétendant)
En
la partie du monde où le soleil se lève et où
le ciel engendre les pierres précieuses, naquit
par miracle une naïade, la plus accomplie que
les dieux eussent jamais faite. Et la mer n'avait
jamais rien vu de si beau, non pas même le jour
qu'elle fit naître Vénus. Neptune, pour
l'amour d'elle, donna de la jalousie à Thétis
et toutes les nymphes de l'océan. Mais lassé de
ses mépris, il la changea en une pirre que les
Grecs appellent Unique ou Diamant. Comme elle fut
incomparablement belle, d'un esprit divin,
insensible, opiniâtre et impérieuse, cette
pierre a une beauté qui efface toutes les
autres, un feu qui semble venu du ciel. Elle ne
peut se rompre par nulle force. Elle
résiste au fer et au feu et elle monte jusque
sur la tête des rois. Comme elle fut aimée
de tous ceux qui la connurent, les grands et les
petits l'aiment encore, et elle est désirée de
tout le monde. Enfin le ciel et la terre ne
font rien de si parfait, et les hommes ne
connaissent aucune chose de si grand prix.
portrait