Origine et naissance de la préciosité


| Un phénomène européen | Aux seizième et dix-septième
siècles, on constate l'apparition de plusieurs
mouvements similaires à la préciosité française ;
notamment :
Malgré les particularismes de chaque mouvement, et en premier lieu leurs rapports avec le clacissisme, différents de ceux de la préciosité française, il convient de ne pas négliger l'importance du phénomène précieux dans l'Europe du XVIIème. |
| En France, des origines anciennes | Le milieu de prédilection de la
préciosité, celui dans lequel elle se développe le
plus facilement, c'est la cour : elle y trouve le
calme, l'éloignement des barbaries, et est favorisée
par l'importance des femmes au sein de cette cour. La préciosité a une origine laïque et provençale : elle fleurit, aux XIIème et XIIIème siècles, dans les cours méridionales, où le roi, une fois réglées les affaires politiques, divertit son entourage. Elle se répand ensuite vers le nord du royaume, où les cours se laissent "conquérir" par ce genre de loisirs. Elle affecte de manière évidente la littérature, surtout la poésie lyrique et le roman courtois, où l'amour prend la première place et devient même la seule raison de vivre et d'agir des héros (cf. Lancelot...) Les chansons d'amour sont toutes écrites et chantées uniquement pour le plaisir de l'assemblée. Parmi celles-ci, le Roman de la rose, écrit au XIIème siècle par Guillaume de Lorris, est admis comme le roman le plus précieux de la littérature française du Moyen-Age. Multipliant les allégories, il se présente comme un code de l'amour. Dans les cours, la courtoisie et la galanterie transparaissent dans les conversations : le jeu du sentiment ouvre en effet de multiples sujets de débats (amour et mariage, causes de l'amour...). Dans ces débats, l'intelligence est requise au point qu'elle devient plus importante que le sentiment en lui-même. Ainsi, la préciosité se retrouve chez Du Bellay, Ronsard, etc..., comme à la cour des Valois. |
| La "deuxième naissance" de la préciosité : le XVIIème | Sous Henri IV,
peu habitué par son éducation et par sa vie militaire
à des manières délicates et raffinées, la cour a des
moeurs beaucoup plus grossières. Cela provoque une
"frustration" de certains aristocrates
et gens de lettres qui, pour échapper à cette
atmosphère, commencent à se réunir régulièrement
dans des salons, où il est plus facile de se
distinguer. Ceux-ci présentent un double avantage : d'abord, par leur relative exiguité par rapport à la cour, ils offrent un caractère plus intimiste ; ensuite, ils ne sont pas soumis à l'observation d'un protocole strict qui entrave la liberté du poète. Ces réunions d'écrivains... sont à l'origine de l'Académie Française : Richelieu, ayant appris leur existence, a voulu pour mieux les contrôler leur donner un caractère officiel (donc public). C'est ainsi que la prestigieuse institution a été créée, en 1634-1635. Et que Richelieu en a été le premier "protecteur". |
| Le rôle des femmes | A l'étranger, la France est vue
comme le paradis des femmes. Cela pourrait paraître
paradoxal quand on sait que celles-ci sont, toute leur
vie, soumise à une tutelle masculine : leur père, puis
leur mari (même celles qui rentrent au couvent ont un
devoir d'obéissance envers la supérieure) ; exceptées
lorsqu'elles sont veuves. Alors, d'où vient cette réputation ? Elle tient à ce que les femmes en France ont parfaitement le droit de tenir salon ("ruelle") (la ruelle, espace entre le mur et le lit de la chambre à coucher où recevaient ces dames, a fini par désigner la chambre entière), et d'y recevoir qui elles veulent (y compris des hommes). Ce qui leur permet de réunir autour d'elles les plus grands esprits de leur temps. Comme, c'est une banalité de le répéter, il est traditionellement admis que les femmes ont naturellement plus de délicatesse et de noblesse de manières, il était tout aussi naturel qu'elles donnassent (si si, c'est correct, j'ai vérifié !!) l'impulsion en imposant à leurs intimes la correction et le raffinement qu'ils ne demandaient qu'à développer. C'est la raison pour laquelle il se forme, autour d'elles, des cercles mondains, où l'on a le goût du beau style et où l'on veut éviter tout ce qui est commun (vêtements, parler...). |
| L'Hôtel de Rambouillet | De ces cercles, l'Hôtel de
Rambouillet est l'un des plus marquants. Il n'est
certes pas le premier, ni à ses débuts le plus
important ; mais c'est celui qui a duré le plus
longtemps, et attiré la société la plus brillante de
son temps. Sur la maîtresse des lieux, Catherine de Vivonne, voir la page "Précieux et Précieuses". Elle reçoit dans sa "chambre bleue" ; ses intimes forment un cercle fermé, à dominante aristocratique. Avant 1625, il compte parmi ses membres un certain évêque de Luçon, à savoir Richelieu. D'une manière générale, ce salon est fréquenté, dans le courant de son existence, par :
Tous se donnent des noms romanesques (par exemple, Mme de Rambouillet se fait appeler par l'anagramme de son prénom, Arthénice. Autres exemples : page "précieux et précieuses"). Leurs activités consistent essentiellement en des jeux de société, des plaisanteries (Voiture subira ainsi un gage pour n'avoir pas su divertir la fille malade de mme de Rambouillet : il sera lancé en l'air à plusieurs reprises par ses "confrères"...), parfois des bals masqués ou des "cadeaux" (divertissements galants, accompagnés d'une collation, donnés sur la Seine ou sous les murs de Paris...). La conversation devient un art délicat : elle donne lieu à de grands débats psychologiques (cf. la page sur les conceptions précieuses de l'amour), où le jugement personnel importe plus que la science. Ce n'est pas le moindre des mérites des précieux que d'avoir "réhabilité" le goût personnel, par la confiance qu'elles avaient en son infaillibilité. L'hôtel prend part aux grandes controverses littéraires, prenant par exemple la défense de la conjonction de coordination "car", que l'Académie française voulait supprimer, et lance quelques modes littéraires, avant de décliner à partir de 1645 (mariage de Montausier avec Julie, la fille de Catherine de Vivonne, qui jusqu'alors secondait brillamment sa mère) - 1648 (mort de Voiture). |
| Floraison précieuse à Paris | Les années 1650 sont celles de
l'âge d'or de la préciosité à Paris. On
assiste à la multiplication des salons, tenus par :
|
| Le salon de Mlle de Scudéry | Sur Mlle de Scudéry, voir la page
"précieux et précieuses".
Elle instaure les réunions régulières, le samedi, où vient qui veut. Parmi les familiers de son salon, de 1652 à 1659 environ :
Eux aussi se donnent des noms romanesques (Sapho, pour mlle de Scudéry). Ils se livrent à des tournois poétiques, commentent les potins littéraires,... C'est un salon moins aristocratique (plus bourgeois) que l'hôtel de Rambouillet. Mais c'est le salon qui a donné le ton aux autres, et c'est celui dont Molière s'est le plus inspiré pour Les Précieuses Ridicules (le nom de Magdelon n'est pas sans évoquer le prénom de Madeleine de scudéry...). |
| En province | La préciosité n'est pas un
phénomène exclusivement parisien. Il existe des cercles
provinciaux : à Montpellier, Riom, Lyon,
Grenoble... Pour les autres salons (parisiens pour leur grande majorité), voir la page "précieux et précieuses". |
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Marie-Hélène Wronecki